3 September 2010

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (11 votes, average: 3,09 out of 5)
Loading ... Loading ...
1 720 views

Oui au rapprochement Royal – Bayrou !

Le rapprochement Royal – Bayrou constitue peut être un fait majeur dans notre paysage politique.

roybair.jpgPassons sur la pitoyable polémique actuelle (Sarkozy a-t-il fait pression pour que leur débat n’ait pas lieu ?), ainsi que sur les inévitables remous que ce rapprochement entraîne (après tout, rien de plus normal que les députés PS et UDF craignent pour leur réélection).

Il est intéressant de constater les convergences des visions de la société et des priorités de Ségolène Royal et de François Bayrou :

  • la lutte contre la précarisation de la société,
  • la volonté d’apaiser les tensions sociales (immigration, racisme, inégalités…),
  • la priorité à l’éducation,
  • la relance de la construction européenne (même si, sur ce sujet, les propositions ont été assez faibles… conséquence du référendum de 2005 ?),
  • la prise en compte de l’urgence écologique,
  • l’avènement de nouvelles relations avec les pays du Sud,
  • la rénovation des pratiques démocratiques, avec un nouvel équilibre des pouvoirs (décentralisation, plus de pouvoir au Parlement, plus de participation citoyenne).

Royal et Bayrou peuvent se retrouver autour de ces différents sujets. Bien sûr, les questions économiques marquent encore un clivage important, mais là aussi, les lignes peuvent bouger.

.

Quel sont les enjeux de ce rapprochement ?nicolas_sarkozy.jpg

Le plus évident, c’est bien sûr d’empêcher Sarkozy de gagner les élections. Il s’agit d’un enjeu fondamental, tant la venue d’une droite dure au pouvoir pour 5 ans ferait mal à notre pays, et surtout aux moins bien armés pour se défendre dans une société plus libérale, plus moralisatrice, plus intolérante, plus refermée sur elle-même.

silvio_berlusconi.jpgEt puis avec un individu comme Sarkozy, tellement prêt à tout pour accéder au fauteuil suprême, on peut légitimement craindre une dérive berlusconienne du pouvoir. Cela fait 5 ans que l’on voit le Sarkozy-candidat à l’œuvre, et il suscite déjà de très fortes réactions de rejet. On frémit à l’idée de 5 ans de Sarkozy-président-être suprême.

.

Mais l’enjeu de long terme le plus fondamental, c’est de permettre au centre-gauche de prendre la mesure des grands défis de notre société :

  • Intégrer les enjeux écologiques dans le fonctionnement de notre économie et de notre société.
  • Adapter notre pays dans un système mondialisé, auquel on ne peut échapper à moins de s’enfermer dans un protectionnisme hors d’âge.
  • Relancer activement la construction européenne, et en redevenir l’un des moteurs.
  • Construire une société multiculturelle dans laquelle la place des personnes âgées sera de plus en plus importante.

planete-terre.jpgBref, sortir des vieux schémas de pensée hérités du début du XXème siècle, calés sur la seule alternative entre produire plus de richesses, ou chercher d’abord à mieux les répartir.

.

L’enjeu du rapprochement entre Royal et Bayrou est donc bien là. Le PS doit achever sa mue et oublier ses réflexes idéologiques d’un autre temps.

Les autres Partis Socialistes européens l’ont fait, alors pourquoi pas nous ?

Fred

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (13 votes, average: 4,62 out of 5)
Loading ... Loading ...
11 746 views

Royal-Bayrou : une drôle d’alliance…

segolene-francois.jpg Alors ça y est, Ségolène Royal l’a décidé ! Elle va tendre une (large) main aux centristes, allant même jusqu’à leur promettre des postes de ministres dans son gouvernement.

Démarche qui va à contre courant de l’opinion du Parti Socialiste qui, par l’intermédiaire de François Hollande, avait déclaré le soir même des résultats du premier tour qu’il fallait s’en tenir au Pacte Présidentiel et que François Bayrou était « de droite ». Que vont penser Arlette Laguiller, José Bové, Olivier Besancenot et consorts d’une telle promesse alors qu’eux, sans même se faire désirer, n’ont certainement aucune garantie tant sur d’éventuels « postes » que sur la prise en compte de leurs idées…

Mais revenons au Pacte Présidentiel de la candidate socialiste : est-il, sur des points cruciaux pour la gauche, « Bayrou compatible ? »

Emploi

bayrou-main-levee.jpg Le credo de François Bayrou c’est de réduire les charges sur le travail pour libérer l’emploi et de proposer la mesure phare de son programme, : la possibilité de créer deux emplois sans charges.
François Bayrou estime que les 35 heures ont été imposées de manière autoritaire et qu’aujourd’hui il faut « permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus pour gagner plus » et de majorer les heures supplémentaires. Tiens, tiens, ça rappelle quelqu’un…

.
segolene_royal1.jpg Dans le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal, l’emploi fait l’objet de pas moins de 7 mesures. Mais elle s’attache surtout aux aides publiques, c’est à dire un détail de la vie économique française, pour rappeler qu’elles seront conditionnées à un engagement de ne pas licencier, délocaliser ou bien à embaucher en CDI et rien d’autre !

Elle propose également trois dispositifs:

- créer le droit au premier emploi des jeunes, pour qu’aucun jeune ne reste au chômage au-delà de six mois sans avoir un accès à une formation, un emploi aidé ou un tutorat rémunérés,

- ouvrir 500 000 emplois tremplins aux jeunes (et aussi maintenant aux seniors semble-t-il…)

- instaurer un plan à taux zéro de 10 000 euros pour les jeunes.

Enfin, sur les 35 heures, Ségolène Royal esquive la question et ne propose rien sinon d’ouvrir de fumeuses« négociations pour déterminer comment on peut consolider cet acquis et réduire ses effets négatifs pour les ouvriers et les employés ». Bah avec ça on est servis…

Au-delà des propositions qui sont sur des champs totalement différents, on remarque que François Bayrou a une approche essentiellement économique et fiscale alors que Ségolène Royal prône l’intervention de l’Etat partout, manifestant par là une certaine défiance envers la société civile et économique.

Retraites

montpellier7-ok.jpg A lire le candidat centriste, on comprend que la loi Fillon de 2003 n’est pas allée assez loin et qu’il entend mener une refonte globale de notre système de retraites qui englobe les régimes spéciaux car selon lui, il faut « remettre à plat tout le système des retraites, en le fondant sur l’égalité et mener cette évolution en telle sorte qu’elle profite à tous ».

Il propose une retraite à la carte, par points :le montant augmente avec le temps de cotisation, le salarié peut partir à la retraite à 55 ans mais il peut aussi continuer à travailler, avec un intéressement financier alors plus grand ou bien encore racheter des années de retraite, sans décote.

Il propose enfin un « plan pour les petites retraites » fixant 90 % du SMIC comme niveau de la retraite la plus basse.

segolene-moue.jpg  Ségolène Royal aborde les retraites dans le pilier 4 de son Pacte Présidentiel, « Garantir la protection sociale des familles ». Elle propose là encore une « large négociation » pour évoquer pêle même la fixation d’un minimum de pension garantie s’approchant du SMIC, la revalorisation des petites retraites (en fait c’est déjà décidé…), la prise en compte du travail pénible et des charges de famille, l’augmentation de l’emploi des seniors, le mode de financement des régimes spéciaux, etc. Avec tout ça, on pourra négocier autour d’une table pendant une bonne partie du quinquennat!

A noter qu’en parallèle de cette phase de concertation qui ne nous avance pas beaucoup plus sur ses intentions, encore moins sur ses propositions, elle envisage quand même de revaloriser immédiatement les petites retraites en les augmentant de 5% (proposition n°8).

Que constate-t-on ?

reunion.jpg Tout d’abord qu’avec Ségolène Royal, on va sacrément se concerter en 2007 ! Mais plus sérieusement. 

.

.

bech-prickly-hamac.jpg En matière d’emploi, ce sont deux mesures radicalement différentes : François Bayrou s’appuie directement sur les entreprises et supprime simplement les cotisations sociales tandis que Ségolène Royal empile les mesures publiques pour mettre en place plusieurs dispositifs  assez compliqués : emplois tremplins (système complexe de subventions ciblées pour des emplois en CDI) et droit au premier emploi (un CPE bis ?)

vieux.jpeg  En matière de retraites, une différence majeure : François Bayrou veut s’attaquer aux régimes spéciaux tandis que la candidate socialiste évite le sujet en le noyant dans la masse des sujets voués à faire l’objet d’une improbable concertation avec les partenaires sociaux qui a de fortes chances d’aboutir sur pas grand chose sinon du temps de perdu et des redites sur l’origine du problème. Bref, du consensus mou sur l’urgence de ne rien faire.

C’est quand même assez inquiétant de la part d’une candidate à la fonction suprême qui, députée depuis plus de 5 ans, nous dit en substance qu’elle ne sait pas quoi trop proposer et qu’elle attend des propositions des partenaires sociaux…

Ils se retrouvent quand même sur la nécessité d’apporter une réponse aux petites retraites – mais bon, qui pourrait être contre ? d’ailleurs Nicolas Sarkozy aussi  aborde ce sujet - même s’ils diffèrent là aussi sur la manière. C’eut été trop beau.

le_cirque_pinder_.jpg Au final, on reste plus que sceptique sur les convergences et on se demande même si on ne se fout pas de nous. Car au delà des mots creux de   »la politique autrement », « la République du respect », « l »Etat impartial » et j’en passe, c’est sur les mesures proposées qu’on juge les candidats. Or entre Ségolène Royal et François Bayrou, franchement, les fameuses convergences ne sautent pas aux yeux, c’est le moins que l’on puisse dire…

François

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (12 votes, average: 4,08 out of 5)
Loading ... Loading ...
1 736 views

Géographie du vote du 22 avril : quels enseignements pour le second tour ?

L’analyse géographique du scrutin du premier tour de la présidentielle fait apparaître des enseignements très révélateurs pour les 4 principaux candidats. Elle est également assez éclairante dans la perspective du second tour.

Tout d’abord, le clivage Royal / Sarkozy est avant tout un clivage géographique : les 24 départements dans lesquels la candidate socialiste est arrivée en tête sont presque tous situés à l’ouest d’une ligne Caen – Narbonne. A l’inverse, le candidat de l’UMP est arrivé premier dans la moitié Est de la France, ainsi que dans sa moitié Nord (hormis la Bretagne).

sgehpn58120107161422photo00.jpgTrès schématiquement, Ségolène Royal a réalisé ses meilleurs scores dans des territoires présentant les caractéristiques suivantes : une faible tradition industrielle, une présence régulière de petites villes, et une attractivité résidentielle et touristique en net progrès ces dernières années. En somme, les territoires « gagnants » des mutations récentes, qui ont globalement réussi à s’adapter à la tertiarisation de l’économie.

Il est frappant de constater que cette géographie correspond presque exactement aux départements dans lesquels les positions de François Bayrou se sont le plus renforcées entre 2002 et 2007. Les deux candidats semblent donc avoir été « audibles » par les mêmes types de territoires.

.
sgeunr50210207205639photo00.jpgLa mécanique du vote en faveur de Sarkozy est nettement différente. Ainsi, on observe un basculement géographique des principaux bastions de la droite (qui correspondaient en 2002 à la moitié nord du pays, en particulier Bretagne, Normandie et Pays de Loire) vers le pourtour du Bassin Parisien, le littoral méditerranéen et l’est de la France, zones de plus forte progression du vote de droite (hors UDF).

Ces zones correspondent à des territoires concernés par de fortes mutations : les départements ruraux se transformant sous l’effet de la périurbanisation éloignée de l’Ile-de-France, les secteurs en reconversion industrielle du nord-est de la France, le littoral méditerranéen avec son rapide renouvellement de population et son chômage élevé.
La géographie de la progression électorale de la droite recoupe exactement celle du recul du Front National. Le discours de Nicolas Sarkozy a donc massivement séduit l’électorat frontiste.

.
Quelles conséquences pour le deuxième tour ?

Peut être que la perméabilité du vote entre l’électorat de Bayrou et celui de Royal est potentiellement assez élevée.
Peut être aussi que Sarkozy aura du mal à revenir vers un centre qu’il a délaissé en partant courir après la droite de sa droite.
Suffisant pour contredire les pronostics de victoire prévisible de Sarkozy ?

Fred

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (28 votes, average: 4,39 out of 5)
Loading ... Loading ...
5 692 views

Résultats du premier tour: commentaires et réactions

Rappel

urne.jpeg

 Un taux de participation entre 83,6 et 84,5% pour 44,5 millions d’électeurs.

.

246671.jpeg 

Nicolas Sarkozy: 31,11%

Ségolène Royal: 25,83%

.

Tous les résultats officiels sont accessibles, déaprtement par département, sur le site du Ministère de l’Intérieur. 

Premiers commentaires

La participation est à un très haut niveau, ce qui minore l’hypothèse d’un déclin du débat démocratique en France et d’un désintérêt pour la chose publique.

Le haut score de Nicolas Sarkozy : il a réussi à fortement fédérer son camp et a siphoné l’électorat de Jean-Marie le Pen. Pour qui vont voter les 11% de français frontistes ?

Le bon résultat de Ségolène Royal qui a réussi sa stratégie du vote utile à gauche, au détriment de tous ses collègues communistes, verts…

Mais déjà hier soir, sur les plateaux de télévision, on a vu des divergences poindre au PS sur la suite à donner à la campagne : continuer à taper sur Sarkozy (Montebourg), s’en tenir au Pacte Présidentiel (Hollande et, dans une moindre mesure, Fabius), s’ouvrir à l’UDF (Kouchner). Bref, pas simple pour la candidate socialiste.

La surprise François Bayrou : probablement déçu de ne pas être au second tour, il a néanmoins réussi sa campagne, plus sur le mode stratégique que sur le mode projet d’ailleurs. Mais déjà deux questions :
 - où vont aller les électeurs de l’UDF ?
- le candidat centriste, qui n’a cessé de remettre en cause le PS et l’UMP, dispose-t-il d’un quelconque influence sur ses électeurs et peut-il décemment leur donner une consigne de vote ?

La débâcle des partis contestataires ou thématiques : à part Olivier Besancenot, tous sont à un étiage très faible, autour de 1-2%.

Mais aussi et surtout, ENFIN, les deux candidats finalistes vont rentrer dans le détail leurs programmes présidentiels respectifs et on attend avec impatience le débat face à face.

François