10 March 2010

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Comment quitter son entreprise sans indemnités

Jean-Louis prend quelques notes, puis s’arrête. Il relève la tête, parcourant du regard les visages disposés autour de la table. Ce panorama le déprime. Corliss, chef de la division achats, Fuller, le comptable, Fenouillard, la présidente du directoire, et puis, bien sûr, Martinot, le président directeur général. Sacrée brochette, quand même.

Dans moins de 10 minutes, ça va être son tour. Il feuillette nerveusement son support de présentation… pas trop sûr de lui, il n’a pas suffisamment préparé son intervention… et puis il n’est pas dans son assiette… hier soir, un repas lourd chez des amis, trop arrosé… il se sent ballonné ce matin, presque un peu patraque. Il lâche un pet discret.

Fischer, responsable du service des commandes, est au micro. Son double menton tremblote un peu, il agite frénétiquement ses mains porcines. Plus que 3 minutes.
Jean Louis n’écoute pas Fischer, il relit ses notes. Son ventre gargouille. Se demande s’il devra se lever pour parler – plus de prestance oui, mais comment lire ses notes, le micro à la main ? Non, il vaut mieux rester assis.

Bon, ça va être son tour. Fischer termine son intervention dans l’apathie générale. Jean Louis va lâcher un petit dernier, discret… sauf que ça gargouille vraiment… il y a un risque, c’est certain… mais il aime cette prise de risque, ce sentiment de marcher sur la corde raide… il jette un coup d’œil circulaire… allez tiens ça va être à moi de parler le président me regarde tout le monde me regarde et – PLOP – catastrophe.

Jean Louis a chié dans son froc. La couche est pleine.

En une fraction de seconde, une succession d’impressions traverse sa conscience. D’abord, la stupéfaction. Jamais au grand jamais ça ne lui est arrivé, qu’est ce qui vient de se passer ? Puis, un profond sentiment de souillure, de déchéance, de honte. Rapidement remplacé par l’impression d’être en train de sauter du haut de la falaise, sans possibilité de retour. Tout est foutu, comment se sortir de cette situation impossible ? Et puis, inexplicablement, un sentiment d’euphorie, comme une libération.

Jean Louis regarde les visages fixés sur lui.

Du coin de l’œil, il aperçoit sa voisine qui commence à froncer les sourcils et plisser le nez.

Comme un signal.

D’un bond, Jean Louis se lève de sa chaise, arrache son pantalon et son caleçon pleins de merde, puis, cul nu il entame une danse grotesque sur la table, agitant comme un lasso son froc puant, et beuglant :

AU RE-VOIR, PRESIDENT

AU RE-VOIR, PRESIDENT

AU RE-VOIR, PRESIDENT

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Les Bleus à la Coupe du Monde : bide annoncé ?

france-espagneAprès la piteuse défaite contre l’Espagne au Stade de France, ce n’est plus la petite odeur de brûlé qui flotte vaguement dans l’air, mais carrément le feu qui a pris dans les rideaux et se propage dans la salle à manger.

L’échec de Domenech est évident mais, au-delà de ça, l’absence d’esprit et de jeu d’équipe ramène à l’individualisme qui semble être la triste marque de fabrique de ces Bleus. On cherche individuellement à sauver l’équipe, on ne se donne pas franchement à fond, on joue sa partition sans en faire plus, on ne s’investit pas dans le vestiaire, on râle parce qu’on ne joue pas à son poste préféré.

Cette équipe semble incarner jusqu’à la caricature ce monde du football saturé d’argent, où les joueurs n’ont ni attachement à un club ni conscience politique du monde qui les entoure. Un microcosme ultra-libéral où la marchandisation des hommes, du talent et du spectacle a construit des individus foncièrement individualistes, sans repères ni conscience ni mémoire, avec l’argent et la célébrité pour seuls horizons.

Sauf si ?

Eh oui, sauf si Raymond effectue une révolution idéologique : retour aux valeurs de sacrifice, de collectif et de solidarité. Faisons de cette équipe de France une équipe de porteurs d’eau, de tâcherons obsédés par la récupération du ballon et le replacement défensif. On ne brillera pas, on ne marquera jamais, mais au moins on sera moins ridicules.

Cela pourrait donner la formation suivante :
equipe-type

Avec Pedretti en meneur très reculé, Toulalan en distributeur défensif et Cissé en pointe rapide, ça peut faire mal. Et n’oubliez pas Coupet, et son rôle essentiel dans les vestiaires. Avec ça, on brise les équipes techniques qui prétendent créer du jeu, et on endort les autres. Bref, on se fait chier, mais l’honneur est sauf.

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Nos régions ont du talent

La campagne électorale pour les régionales fait bouillonner l’esprit citoyen ; la France de demain se construit, ici même sous vos yeux :

  • En Poitou Charente, Ségolène Royal propose 4 places éligibles à des candidats Modem ; initiative entraînant un débat d’idées avec les candidats PS qui se considèrent couillons dans l’affaire ;
  • Dans le même temps, en Ile de France, Valérie Pécresse a été aperçue en train de ronfler sur les bancs du Conseil régional pendant le vote du budget, ce qui entraîne un vigoureux débat d’idées sur Twitter avec Anne Hidalgo ;
  • Décidément partout, Valérie Pécresse discute projet contre projet avec Eric Raoult, dont les copains ont été virés de la liste UMP ;
  • Jean Paul Huchon, qui le saviez vous prend régulièrement le RER, déclare sur Radio France Bleue qu’il va prolonger le métro ligne 14 jusqu’au Havre. Rectification le lendemain : Jean Paul s’est trompé de ligne en lisant ses notes : la ligne 14 n’ira pas plus loin que les portes de Paris ;
  • En Languedoc Roussillon, George Frêche travaille son interprétation du peuple contre les élites, tandis que Gérard Colon et François Rebsamen incarnent avec finesse la Province contre Paris ;
  • En Nord Pas-de-Calais, après un vif débat intérieur, René Vandierendonck décide de porter plainte contre la décision du Quick de Roubaix de ne plus servir de MaxiBacon, ce qui entraîne des débats un peu partout.

BHL en conclut que notre époque n’a pas de mémoire ni d’avenir, et que c’est le triomphe des petites phrases.

vincent-peillonEric Zemmour explique que les élections régionales n’ont que peu d’enjeu politique : les régions iront à la gauche, qui est « l’assistante sociale de la mondialisation ».

Vincent Peillon dénonce la faiblesse du débat et révèle qu’en 1965 Patrick Devedjian et Alain Madelin ont été aperçus au volant d’une Simca 1000 volée.

Michel F. se garde bien de conclure hâtivement et se ressert un verre de Jack Daniel’s pour y voir plus clair.

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BHL, la philosophie de comptoir

bernard-henri-levyBernard-Henri Lévy était dimanche l’invité de l’émission de Nicolas Demorand, C Politique, sur France 5. Une émission généralement intéressante, avec un interviewer qui sait mettre ses invités à l’aise et leur laisse le temps de s’exprimer. Des conditions idéales pour un philosophe, dont la complexité de la pensée ne saurait être traduite en quelques phrases chocs.

BHL présente bien : élégance décontractée (chemise blanche, pas de veste), chevelure argentée, à l’aise avec la caméra. BHL maîtrise bien la langue française, énonce des phrases bien construites et cite, en 45 minutes de conversation, un certain nombre de philosophes connus. Sur la forme, c’est donc parfait.

Sur le fond, par contre, on se sent comme le convive affamé attendant le plat suivant (qui n’arrivera jamais, hélas) : on reste sur sa faim. L’épaisseur de la pensée BHLienne est inversement proportionnelle à la blancheur de sa chemise.
BHL est invité à s’exprimer sur différents sujets d’actualité, et il est clair qu’il a un avis sur tout, mais vraiment pas grand-chose à dire :

  • Le paysage médiatique actuel n’a ni mémoire ni avenir, le débat politique est donc caractérisé par la dictature des petites phrases
  • Le débat sur l’identité nationale est une infamie, tant mieux qu’il soit enterré, et maintenant il faut d’urgence changer le nom du ministère de l’identité nationale
  • Le socialisme est mort en 1989, la galaxie communiste a explosé, il n’en reste désormais que des débris (le PS en est un)
  • Le PS étant mort, il faut créer un nouveau parti de centre gauche pour espérer battre Sarkozy en 2012
  • La gauche doit se réinventer (en acceptant le capitalisme)
  • Sarkozy a été bon sur la gestion de la crise financière
  • Etc.

Le tout est très joliment dit, mais on n’entend pas une idée qui n’ait déjà été 100 fois écrite ou prononcée ces dernières années. Qu’apporte donc le regard du philosophe ? En quoi propose-t-il une vision distanciée sur cette époque complexe ? Quel sens donne-t-il aux transformations actuelles de notre monde ? A quoi cela sert-il d’avoir lu les textes des philosophes les plus connus (et même de ceux qui n’existent pas, cf. Botul) pour n’avoir que des platitudes à débiter sur l’actualité et la fin du socialisme ?

bhlLe lecteur d’American Vertigo ne sera probablement pas très surpris par ce constat. Ce livre, agréable à lire, proposait une balade divertissante dans des endroits historiques, pittoresques, révélateurs de l’Amérique d’aujourd’hui… mais où était donc la distance et la profondeur du philosophe ?

Là où notre philosophe se rapproche le plus du comptoir et de ses discussions houblonnées, c’est quand Nicolas Demorand l’interroge sur l’écologie. Moue de l’intéressée. L’écologie n’est certainement pas l’avenir du socialisme, et les annonciateurs de catastrophes à venir sont d’excessifs pessimistes. En une phrase, BHL livre son verdict (remarquable, sur un sujet aussi complexe) : c’est par la technologie que l’on résoudra les dérives environnementales de nos sociétés.

Que BHL ne soit pas un expert des questions d’écologie ni des mécanismes expliquant les déséquilibres dont souffre notre planète, soit. Mais que le philosophe vote aussi aveuglément pour le progrès scientifique, sans même s’interroger sur les notions de progrès, de consommation et de surconsommation, d’abondance et de rareté, de rapport entre court et long termes, de rapport de l’Homme avec son écosystème, etc. eh bien, voilà qui est fort peu… philosophique.