Lepénisation
La lepénisation du débat politique constitue probablement un fait majeur de la vie politique française de ces dernières années, et risque certainement de donner le rythme de la campagne présidentielle à venir.
Au-delà de l’observation du phénomène et de ses symptômes (omniprésence de Marine Le Pen dans les media et montée parallèle dans les sondages, appropriation des idées lepénistes par l’UMP, multiplication des stratégies politiques pour contrer la montée du FN, etc.), certains s’interrogent sur les raisons de cette ascension spectaculaire. Nous pouvons en citer ici trois qui paraissent intéressantes :
- Dans « Voyage au bout de la droite », Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin expliquent la montée en puissance d’une droite néo-conservatrice qui, des Etats-Unis à la France, en passant par la Grande Bretagne et l’Italie, a développé un nouveau courant de pensée s’appuyant sur la peur du déclin de l’Occident et la volonté de protéger un mode de vie menacé. Sécurité, famille, anti-islamisme, identité : autant de valeurs défendues par cette nouvelle droite, devenue la meilleure porte parole des intérêts d’une classe populaire abandonnée par la gauche. Selon les auteurs, la convergence de l’extrême droite française et d’une partie de la droite est une conséquence directe de cette mutation idéologique.
- Dans un article publié dans Le Monde, l’écrivain Marc Weitzmann prend le contre-pied de cette thèse. Réfutant la responsabilité de la gauche dans l’émergence de la droite néo-conservatrice, il explique que l’on assiste simplement aujourd’hui à la résurgence d’un courant traditionnel de la droite, raciste et réactionnaire, devenu infréquentable après la seconde guerre mondiale. Avec l’atténuation du souvenir de 39-45 et la fin de l’idéologie gaulliste, ce courant renaîtrait de ses cendres.
- Clémentine Autain, toujours dans Le Monde, propose une explication proche de celle de Weitzmann. Selon elle, l’affaiblissement du clivage droite / gauche a fait émerger l’idée qu’il n’existe plus d’alternative sociétale au modèle actuel, favorisant (et légitimant) ainsi l’émergence d’alternatives autoritaires et conservatrices.
Le point de vue défendu par Clémentine Autain peut amener à une autre réflexion. Ainsi, si le clivage politique n’est plus celui de la droite contre la gauche, il est devenu celui d’une conception de la société telle que nous la connaissons depuis 1945, adossée à des valeurs telles que l’humanisme, l’égalité ou la fraternité, contre un projet de société s’appuyant sur des valeurs conservatrices, autoritaires et sécuritaires.
Formulons l’hypothèse suivante : compte tenu de cette situation, la campagne de 2012 pourrait se jouer sur l’affrontement entre ces deux modèles de société, ces deux systèmes de valeurs. Un affrontement idéologique qui ravirait certainement tous ceux qui sont aujourd’hui les gagnants d’une société de plus en plus inégalitaire. Quand on se bat sur le terrain des valeurs, on ne se pose plus la question de la répartition des richesses.
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La 2ème hypothèse, celle de Weitzmann, est très séduisante et convaincante, ce qui ne veut pas dire que les deux autres ne valent rien. A mesure que le nazisme et la shoah s’éloignent les vieux réflexes racistes, intolérants, violents, bornés, xénophobes, homophobes, anti humanistes etc. se déculpabilisent. Toute une frange de la population est écrasée par une financiarisation du monde et une surmédiatisation des modèles de « réussite » qui pousse de plus en plus de gens à la misère et à la rancoeur. Et on revient comme ça à la bonne vieille interprétation de René Girard qui voit dans la recherche du bouc émissaire l’un des deux principaux moteurs de toute société humaine.
Que faire ? Comment tout cela se traduira-t-il à la présidentielle ? On ne peut peut-être pas espérer grand-chose de la gauche mais on est sûr de désespérer de la droite. Comme disait je crois Jules Renard : je ne sais pas si j’ai du goût mais j’ai le dégoût très sur.
Tandis que le système républicain reconnaît la légitimité des cultures
minoritaires dans la sphère privée, le nationalisme de droite ne tolère
pas leur existence, et interprète toutes les formes de culture
minoritaires comme l’indice d’invasion, de destruction et de
décomposition de l’identité nationale. Toute minorité est perçue comme
corps étranger, organisme parasitaire et prédateur 5.
Deux trois idées intéressantes, mais beaucoup d’opinions toutes faites, comme souvent sur les sites de ce genre.
Comme je dis souvent à mes étudiants :
« Qui proco major volut alii cavet »
L’idée de Clémentine Autain a raison: le clivage gauche-droite est mort. Le seul clivage maintenant est entre eux les européens et les ultra-libéraux contre les nationaux et les patriotes