« Qu’ils s’en aillent tous ! ». C’est par cette formule choc que Jean-Luc Mélenchon interpelle le lecteur, le citoyen et l’électeur. Au-delà du pavé dans la mare, que retenir de l’ouvrage du patron du Parti de Gauche ? Soupe populiste ou vraie vision de la société ?

Son livre est court, direct, écrit comme on parle (on retrouve assez bien dans l’écriture la parole imagée et agressive de l’orateur). Il ne s’agit pas d’un programme, mais plutôt d’une vision de ce que serait (et ne serait pas) la France idéale de demain.

Mélenchon tape fort sur ce qu’il n’aime pas (les politiciens mous, les bureaucrates de Bruxelles, la mondialisation, les patrons, les média…), mais, plus intéressant, il esquisse un modèle de société qui tient en trois points essentiels :

  • Une révolution citoyenne qui redonne la parole et le pouvoir aux citoyens dans tous les domaines,

  • Une sortie du système capitaliste productif, pour une société plus égalitaire, solidaire et ayant un rapport plus durable avec l’environnement et les ressources naturelles
  • Le refus de la mondialisation et de l’intégration européenne, avec le retour de l’Etat-nation comme référentiel d’identité et d’action publique.

Le propos a le mérite de la cohérence et de la clarté. Dressant les constats des dysfonctionnements actuels, Mélenchon propose un modèle de société assez séduisant, qui se démarque clairement de l’approche plus molle et pragmatique du PS. Il parvient à articuler citoyenneté, développement durable et modèle anti-capitaliste.

Le point clé de cette vision de rupture, c’est évidemment sa crédibilité, en particulier sur deux aspects : l’économie et l’organisation du pouvoir.

Sur la question économique, le programme reste relativement vague. Mélenchon parle certes de redistribution massive de la richesse, mais évoque peu la question de leur production même. Sortir de l’économie productiviste mondialisée oui, mais pour produire quoi ? Dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles, cela ne signifie-t-il pas une paupérisation économique, donc le choix de la décroissance ? Certainement, mais ce n’est pas clairement assumé.

Sur l’organisation du pouvoir, la révolution citoyenne de Mélenchon s’accompagne d’un retour à l’échelon national et d’une sortie de l’Union européenne. Retour aux années 60, au gaullisme ? Oui, d’une certaine manière. Mélenchon bazarde sans complexe l’Europe, la mondialisation, l’imbrication croissante des économiques, la mobilité des populations, la révolution numérique, le basculement du pouvoir vers l’Asie… comme si, finalement, rien n’avait changé depuis les années 60.

Mouais… on attend le programme détaillé pour être convaincu.

 
  • Artemys

    Encore un qui croit encore que la France peut vivre en autarcie avec un régime communiste dans une économie mondialisée. Ces idées du 19e siecle ont été expérimentées au 20e et ont donné ce qu’on sait. Il faudrait leur dire que le monde a évolué, que ca plaise ou non à Monsieur populo-mélenchon.

  • Anonyme

    Mélenchon n’est pas le premier et ne sera pas le dernier à nous servir la sempiternelle soupe du repli dans nos frontières, parce qu’à part ça qu’est-ce qu’il propose ? Rien : que des rejets, des refus, mais concrètement où veut-il en venir ? C’est facile de critiquer, de désigner les méchants, d’accuser les autres de pourriture mais ça nous mène où à part les procès au nom du peuple ? Le populisme de gauche n’a rien à envier au populisme de droite : derrière la démagogie la même impuissance à formuler des propositions concrètes compatibles avec le monde dans lequel nous vivons, parce que c’est facile et c’est bien beau de s’indigner mais comment pense-t-il renouveler le personnel politique (à tous les échelons bien évidemment), mettre au pas les b

  • Anne Honime

    … les banques, ratatiner le CAC 40, claquer le bec aux multinationales, mettre à la raison USA, Allemagne, Chine etc., changer les politiques de la ville, de l’énergie, préserver les libertés publiques tout en imposant des réformes radicales ? Moi j’attends les réponses, après on verra.

  • http://cepheides.wordpress.com Nicolas

    Sortir de l’économie productiviste ?
    Oui, Houellebecq a trouvé la solution de remplacement : la France deviendra une grande entreprise de tourisme, un parc national pour les vacances des chinois.
    Remplacement choisi ou solution imposée ?

  • Mathieu Zalem

    Nicolas,

    Si tout le monde fait comme Houellebecq ou Halliday ou Anelka ou tous les pourris du même gabarit, c’est sûr qu’ils ont trouvé la bonne solution pour leur pomme : pomper le fric des français et le planquer ailleurs, là où il ne servira surtout pas au bien public. C’est vraiment débectant et ruineux à la longue : la France considérée comme une pute qui apporte le pèze mais n’en voit pas la couleur pour que le mac puisse se payer une Porsche pendant que la pute prend le métro ou va à pinces. La cata c’est tous ces mecs qui ne voient que le fric et n’ont absolument aucune conscience morale. C’est peut-être ringard à dire mais sans morale on n’est que d’égoïstes salauds. Est-ce que Mélenchon a une solution contre ces pervers fiscaux ?

  • http://cepheides.wordpress.com Nicolas

    @ Mathieu,

    Cette semaine, là où je travaille, un « jeune » de 30 ans a claqué la porte. Il a été embauché courant juillet comme clerc significateur. Il n’a aucune formation juridique, n’a tout simplement pas de formation du tout, aucun diplôme. Depuis qu’il est en âge de travailler, il n’a fait que des petits boulots, CDD à droite à gauche, travail dans la grande distribution, postier, coursier, parti un an aux Antilles travailler. Bref, il n’a aucune situation stable et pas d’argent. Depuis qu’il travaille, il est habitué à être chahuté, viré, jamais de merci et le salaire, autant ne pas en parler. Il prend ce travail en juillet, on le forme pendant quatre mois et prête serment mercredi pour pouvoir signifier les actes. Vendredi, il démissionne. Jusque là, il n’avait signé aucun contrat de travail et on lui avait promis un peu plus qu’il ne touchait depuis juillet dès qu’il serait assermenté. jeudi, on tente de lui faire poser sa signature sur la dernière page du contrat de travail, sans le laisser lire le contrat. Le salaire prévu est de 1050 € net, il apprend que sa période d’essai s’est terminée le 18 octobre. Il n’est prévu aucune compensation pour ses repas du midi qu’il est obligé de prendre dehors tous les jours. Avec 1050 par mois, il a au moins 100 euros de frais de nourriture par mois. Donc, il est très maltraité dès le départ, on se fout de lui, comme on se fout de lui depuis qu’il a commencé à travailler. Il démissionne vendredi. Je lui demande ce qu’il va faire. Il me répond qu’il a envie de partir à l’étranger. Bravo ! Cracher sur la France et partir à l’étranger : c’est ça qu’il faut faire. Que les riches s’en aillent, que les diplômés s’en aillent, que les sans-diplômes s’en aillent ! C’est dommage parce que c’était quelqu’un de volontaire, qui avait envie de travailler, mais en fait tout l’encourage à ne rien faire, à ne pas s’investir. Vive la France !

  • Philou

    @ anonyme
    Moi ça me va un grand parc à touriste ! On est à la coule, on mate des belles meufs venues d’Asie et de Russie, on joue au français de caricature. Disneyworld à la maison, que demander de mieux !

  • Antoine

    Melench’ negocie 2 ans a l’avance son entree au gouvernement. Le moment venu il justifiera son ralliement par le besoin d’ancrer le gvt a gauche. Cet homme est trop fin pour croire ce qu’il ecrit.

  • Arsène Larssen

    C’est sûr que mélenchon est intelligent, d’ailleurs tous les démagogues le sont car ils savent très exactement ce qu’il faut dire, à qui et comment. MAM avait déjà fait exactement la même chose en 2007 en se présentant contre Jo Dalton et elle est maintenant indéboulonnable au gvnt, et même je crois n°2. Edst-ce que vous n’en avez pas totalement marre de ces pros du parasitisme politique, qu’une fois au pouvoir on doit se les roter jusqu’à leur mort ? Et Mélenchojn, franchement je le vois candidat-calculateur (sauce Antoine) jusqu’en 2080 au moins, en même temps qu’un pâquet d’autres qui nous gavent depuis des années.

  • Frédéric

    @ tous les commentateurs précédents :

    Bel optimisme ! Entre ceux qui semblent dégoûtés de la situation actuelle et ceux qui jugent avec cynisme les propositions de Mélenchon, belle image de la France qui déprime…
    Je comprends bien les commentaires désabusés sur la France de 2010, je comprends que le style de Mélenchon agace, mais je ne comprends moins qu’on lui refuse le bénéfice du doute sur la sincérité de ses propositions.
    Avez vous lu son livre ? Il n’y a pas que de la démagogie et de la rage contre tout ce qui existe aujourd’hui. Il y a aussi une vision alternative de la société, qui n’est pas absurde, en tout cas qui peut tenir la route pour peu qu’un programme permette d’aller plus loin que les grandes lignes qu’il propose. Est ce que Mélenchon ferait un bon président ? Je n’en sais rien, j’en doute, mais peu importe : pourquoi ne pas donner leur chance à ceux qui portent un discours différent, qui sortent du consensus politico-médiatique qu’on entend à longueur de journée ?
    Et puis, si on condamne par avance une vision qui diffère un peu du modèle libéral actuel, à quoi bon aller voter en 2012 ? Ou plutôt, à quoi bon se plaindre, puisqu’il suffira d’aller voter UMP pour que tout continue comme avant ?

  • Marie-Blandine de Cesson

    Vous avez tout à fait raison, M.Frédéric, il faut laisser à M.Mélenchon sa chance. Avant je votais M.Sarkozy : quand je l’écoutais en fait je ne l’écoutais pas, je le regardais : il avait, il a toujours un tel regard de mâle dominateur, ça me passe partout dans les bas-fonds. Toutes mes copines c’est pareil. Et puis l’autre jour j’ai vu et entendu M.Mélenchan. Quelle secousse ! Sa voix, son regard, son magnétisme puissant ! Je ne dirai rien à mon mari, ni même à mes copines, même si je les soupçonne elles aussi de frétiller de la bonde en le voyant, mais je crois que je vais voter pour lui. Il paraît qu’il est très de gauche. Flûte, zut et crotte ! Tant pis, ce qui est dit est dit !

  • Archibald49

    Méfiance justifiée ou procès d’intention ? C’est l’éternel problème avec les tribuns politiques. Mélenchon est-il sérieux ? A-t-il un vrai programme ou seulement de l’ambition potentiellement monnayable ? Est-il porteur d’une vision faite d’équité, d’innovation, de progrès ou un cynique assoiffé de pouvoir et de reconnaissance médiatique ? Il serait juste de lire son livre mais cela suffirait-il à convaincre de sa sincérité ? Où s’arrête le scepticisme lucide, où commence le déni systématique de toute possibilité d’idéalisme ? C’est tout le problème de la politique : jusqu’à quel point peut-on croire à ses discours ? Laissons le bénéfice du doute à Mélenchon mais restons attentifs.

  • le Prolo du Biolo

    Rectification:
    Mélenchon ne dit pas qu’il faut sortir de l’Europe, mais qu’il faut sortir du Traité de Lisbonne.

    Ce traité contenant en lui des obstacles insurmontables pour qui veut améliorer la sté française ET européenne.

    Notamment il interdit toute l’harmonisation fiscale entre état membre, tout contrôle de la circulation des capitaux, casse et « marchandise  » les services publics, favorise le dumping social entre les pays, etc …

  • Frédéric

    @ prolo-biolo

    Exact, merci de la précision.
    De la même manière, l’autre soir lors d’un débat télé, il n’affirmait pas clairement qu’il fallait sortir de l’Euro.

  • http://www.programme-presidentiel.com/2010/12/14/reflexion-legere-sur-le-bistrot/ Réflexion (légère) sur le bistrot — Comptoir des politiciens

    [...] sur le Parti Socialiste : « y’en a qu’un qui tient la route, c’est Mélenchon ». Sur le quartier : « dans le vingtième, y’a pas de riches ! Enfin si, y’en a à certains [...]

  • David

    « pourquoi ne pas donner leur chance à ceux qui portent un discours différent, qui sortent du consensus politico-médiatique qu’on entend à longueur de journée ? »

    très bien Frédéric, alors à quand un article (aussi complaisant) sur Dupont-Aignan ? après tout, il est du même tonneau que Mélenchon, le talent oratoire en moins : démagogue, franc-tireur, adepte du « tous pourris » mais rêvant lui aussi d’y goûter, mégalo et armé d’un programme dont l’outrance sur la forme masque mal la vacuité intellectuelle.

    par acquis de conscience, j’ai lu le brûlot de Mélenchon : son discours, ses postures tout comme son projet ne méritent qu’un respectueux mépris.

  • Frédéric

    Mon cher David (si tu es celui que je connais) : j’avoue avoir de la complaisance pour ceux qui sortent du discours dominant, creux et inconsistant.
    Mélenchon défend une vision du monde, Dupont Aignan aussi. D’accord ou pas avec eux c’est un autre débat, mais au moins ils ont quelque chose à dire sur la France, sur la société, sur la crise. On souffre trop du vide idéologique des partis dominants actuels pour ne pas s’en féliciter, je trouve.

  • Frédéric

    J’ajouterais que le bouquin de Mélenchon n’est pas un programme, c’est juste une vision de la société et de la France. On ne peut juger de la crédibilité de l’ensemble qu’avec le programme du Parti de Gauche, à mon avis.

  • David

    ok, donc si l’on ne peut juger Mélenchon sur la base de ce qu’il écrit (curieux, mais bon…), jugeons-le sur :
    - ses propos – http://tempsreel.nouvelobs.com/article/20100330.OBS1577/quand-melenchon-insulte-un-etudiant-en-journalisme.html
    - ou sur ses actes – http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/12/jean-luc-m%C3%A9lenchon-aime-la-dictature-cubaine-et-le-montre.html

    non, si vous voulez vraiment approfondir la pensée de ceux qui sortent du discours dominant, voilà du lourd :
    « Je voudrais vous soumettre une loi politique, que j’ai appelée la loi Bayrou, une loi politique très simple qu’il faut constamment avoir à l’esprit chaque fois qu’on vous propose de dénaturer votre action pour aller rejoindre des courants qui ne sont pas les nôtres (…) la loi de Bayrou elle dit -et ne l’interprétez pas mal même si elle vous fait sourire dans sa formulation- : « les partis se tiennent par leur noyau dur ».

  • David

    ok,alors si l’on ne peut juger du projet concocté par nos politiques sur la base de ce qu’ils écrivent (curieux, mais bon…), alors reportons-nous :

    - à ce qu’ils disent : http://tempsreel.nouvelobs.com/article/20100330.OBS1577/quand-melenchon-insulte-un-etudiant-en-journalisme.html

    - à ce qu’ils font : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/12/jean-luc-m%C3%A9lenchon-aime-la-dictature-cubaine-et-le-montre.html

    y’a d’la cohérence chez c’t homme-là…

  • Eric Histe

    Le petit bouquin de Mélanch se lit très vite, il est très sympathiqsue en général (sauf quand on y sent les tentations du repli sur soi propres à touts les populismes) mais ça me rappelle de Gaulle quand il se foutait des fédéralistes qui « sautaient comme des cabris en répétant « l’Europe ! l’europe! l’Europe! », ou quèrchose dans ce gout-la. La c’est « mobilisez-vous! soyez entousiastes! il faut de l’envie ! etc… » Très bien docteur mais après ? On se soigne comment ? On s’allie avec qui? pour faire quoi? Qu’est-ce qu’on fait des banques? du CAC40? de la fuscalité ? Et comment on se demerde avec l’Allemagne, les europeens ? le restre du monde? C’est tres à la mode ça : indignez-vous dit Hessel et c’est pareil : OK on s’indigne et après ? On est toujours dans l’emotion, l’individuel mais ca mange pas de pain et ca fait rire les requins enbagousés.

  • tatiana

    Bonjour,
    J’ai récemment vu sur Arte un reportage sur le Brésil et Chavez et de ses actions politiques tout à fait remarquable !!
    Mélenchon lui-même, ne cache pas ses sympathies avec les choix de Chavez… Notez, quand-même, que ce programme à fait passer le Brésil du 20ème au 6ème rang économique mondial (devant l’espagne !) en moins de 10 ans!!
    En gros, Chavez à sorti + de 20’000’000 de personnes du seuil de pauvreté… pas mal !… (La précarité étant le principal vecteur de l’insécurité et de la criminalité a, de fait, considérablement réduit…)

    Sa méthode ? Faire peur aux puissantes multinationales en les menaçant de nationalisations massives, pour, finalement, négocier une part du « gateau » réinvestie dans le social.
    Il me semble que J.L. Mélenchon propose, à peu de choses près, la même chose et j’y vois là un programme tout à fait cohérent, pragmatique et dèja éprouvé, testé et validé par les Brésiliens, si je puis dire…. Peut-être pouvons-nous nous inspirer de cet exemple avant d’aller aux urnes citoyen(ne)s ?!…

  • Anonyme

    C’est bien, sauf que Lula c’est pas Chavez qui, lui, n’a jamais été président du Brésil. Ensuite je vois mal comment on peut comparer la situation brésilienne et la française : comment on fait par rapport à l’Europe ? par rapport à des structures, des systèmes, des cultures politiques, sociales et économiques beaucoup plus anciennes et prégnantes que d

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