Un long silence, épais. La main de l’homme secoue lentement le large verre. Le glaçon tinte faiblement contre la paroi cristalline. La robe or et pourpre du bourbon scintille de mille feux, illuminée par le soleil couchant qui entre à pleins rayons par la fenêtre entrouverte. L’homme approche le verre de sa bouche, avale une longue gorgée brûlante et, nous fixant de ses yeux acier, fend le silence en lâchant les mots suivants :

« Le Tea Party a changé ma vision du monde ».

Stupeur.

Notre ami Peter est devenu un adepte de ce parti aussi fanatique qu’extrémiste.

Nous lui demandons évidemment les raisons de sa brutale conversion.

Peter remplit à nouveau son verre, et l’examine longuement. Puis il lève la tête vers l’horizon, l’œil embrasé par le crépuscule flamboyant. C’est avec un air grave et pénétré qu’il sèche d’une traite son second Jack avant de nous expliquer qu’il vient du pays des plaines, un pays où les vrais cow-boys ont pris à la loyale la place des Indiens, où les bronzés rasent encore les murs, où les jaunes ne se sont pas encore aventurés, où les « mojados » continuent d’astiquer docilement les sols des supérettes… Peter nous décrit cette Amérique bien organisée et fière de ses valeurs, ce « proud wild land where the wind goes free ». L’œil brillant, il continue : « Oui, grâce au Tea Party la vraie Amérique existe et s’affiche ».

L’homme râblé, fier de son effet, se ressert un Jack bien tassé puis s’approche pesamment de la fenêtre en faisant claquer ses bottes ferrées sur le sol en chêne massif. « Bam, bam, bam, bam ».

Encore un long silence…

Il porte le verre à ses lèvres et ferme les yeux. « Voyez-vous, l’Amérique est en danger, il faut la protéger et écraser les terroristes à coups de bombes sur la gueule ».

Des gouttes de sueur perlent maintenant sur sa calvitie naissante, l’atmosphère devient même inquiétante car Peter a saisi son fusil Winchester. Mal à l’aise, nous faisons mine de nous lever mais sommes arrêtés d’une main levée pleine d’autorité : «  Les puissants, les financiers, le lobby de l’argent, les fédéraux… Moi je les connais tous et croyez-moi, on va aussi s’en occuper de toute cette vermine… ».

Peter a le visage fermé, celui des mauvais jours, l’œil toujours fixé dehors.

Soudain, il arme à l’épaule son fusil, et canarde furieusement le paysage. « Saloperies de corbeaux » aboie-t-il en guise de conclusion à notre entretien.

François et Frédéric

 
  • terre neuve

    en voilà un qui a tout compris au grand ouest !
    vive PETER !

  • JOHN DEER

    Il me parait bien sec ce PETER. Quelques pounds de bacon ne serait pas superflu pour parfaire le personnage.

  • Antoine

    article pesant et lourd.. La suite vite… nous avons besoin d’oxygene

  • jean pointu

    Vive les cousins d’Amérique!

  • Heinrich

    On a besoin de mecs comme ce Peter en France pour chasser et liquider toutes ces racailles de pauvres, de socialos,d’athés, de démocrates, de moraluisateurs et autres nuisibles bêlants. Sarko le gaucho est trop mou, les roms l’aurait du les aligner au mur et faire Hortrefeux premier ministre et divorcer Carla qu’est même pas française nr’importe quoi! et chasser aussi touts les mecs pas de chez nous qui savent même pas corectement le français

  • Mike D

    Article léché qui pointe le risque de dérives du Tea Party.

    Peter en est l’exemple, qui voit le monde depuis son bocal du middle west.

  • prof de philo

    @ Antoine
    rien n’est plus lourd que le vide de l’esprit, rien n’est plus pesant que l’étroitesse des horizons

  • Flunier

    Voilà ce qui arrive quand on remplace le Jack dans la bouteille par du thé : ça rend fou.

  • Billy Joe

    A fond avec toi Pete !

  • Gonzague Gonzalès

    Quand on pense qu’Obama passe aux EU pour un dangereux gauchiste, alors qu’en France on le classerait au mieux avec le nabot, ou plus vraisemblablement à sa droite ! C’est dire combien la mentalité de la majorité là-bas est d’un réac comme on n’a pas idée ici. Le poids des églises, la devise même des EU (« God with us » et, bien sûr, pas avec les méchants de partout ailleurs), les serments sur la bible (du président au moment de son investiture, dans les procès…), le fanatisme pro-armement individuel, le fanatisme anti-Etat, anti-politiques sociales, anti-protection des plus défavorisés, le niveau de culture générale (abyssal), le désintérêt massif pour tout ce qui n’est pas américain (exemple : un film étranger qui a du succès n’est jamais sous-titré ou passé en VO, il est retourné parce que ça sera forcément mieux), la peine de mort, le culte de l’argent et de la réussite financière, le mépris pour tous les autres pays… La liste est loin d’être close des critiques qu’on peut à bon droit formuler, non pas par idéologie mais simplement pour dire que tout ce qui vient de là-bas n’est pas forcément reluisant.
    Heureusement que dans les teas parties on ne connaît pas l’existence de nos petits cheffaillons d’extrême droite, on les prendrait pour de doux utopistes au centrisme et au pacifisme bêlants.

  • http://www.programme-presidentiel.com/2011/11/07/deces-de-pierre-cointreau-necrologie-du-comptoir/ Décès de Pierre Cointreau : nécrologie du Comptoir | Comptoir des politiciens

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