Hier soir, les résultats sont tombés : à l’échelle nationale, ils sont nets et sans bavure. L’UMP s’est pris une claque, le PS maintient une distance honorable avec Europe Ecologie et conforte son positionnement dominant à gauche, le Parti de Gauche fait de même avec le NPA d’Olivier Besancenot, le FN se refait une santé et le soufflé Modem retombe brutalement.

Mais on sent comme un gêne, une impression d’incertitude latente, comme si tout ce qu’on a vu et entendu hier n’était que pour occuper le terrain médiatique et ce sentiment n’est pas simplement du au fait qu’on est qu’au premier tour d’une élection.

D’abord ce dramatique taux d’abstention dont on peut légitimement avoir honte quand on sait que dans certains pays, on risque sa vie pour avoir le droit de vote et la pluralité politique. Je revois cet homme à la télévision, interrogé par une journaliste, nous dire tout simplement que les régionales « ça ne m’intéresse pas ». Ce taux d’abstention doit absolument imposer un vrai débat, non pas sur le droit de vote, l’identité nationale, mais bel et bien l’institution d’une obligation de voter et sur le rôle et le poids qui pourrait être corrélativement donné au vote blanc (désignation d’un pourcentage de personnes au hasard dans les instances politiques correspondant au poids de ce vote blanc ?)

Mécaniquement, cette abstention empêche toute analyse fiable. J’ai entendu par exemple hier soir : plébiscite des présidences de région, vote de rejet contre Nicolas Sarkozy… Peut-on les valider quand moins d’une personne sur deux a voté ? Le mélange des enjeux politiques de ces élections – le national ayant pris le pas sur le local – , a d’ailleurs été pénalisant pour les électeurs qui ont eu toutes les peines du monde à avoir une visibilité sur le rôle des régions, les programmes des partis, les enjeux économiques , sociaux et donc fiscaux… C’est bien dommage car ce sont eux qui sont perdants dans l’affaire.

Et puis les résultats. La seule certitude pour le deuxième tour ce sont les triangulaires mortelles pour l’UMP liées au maintien dans 12 régions du Front National. Ce sera à l’honneur de ces têtes de listes de ne pas négocier avec les leaders frontistes ; mais ils ont aussi une responsabilité politique et un devoir démocratique de répondre aux questions que ce vote soulève : chômage, insécurité, identité nationale… Ne pas y répondre ne fera qu’accentuer la frustration de cet électorat souvent populaire et/ou âgé, et donc alimenter le vote pour le Parti de Jean-Marie le Pen.

On regardera aussi avec attention les négociations entre Parti socialiste et Europe Ecologie car  cela pourra avoir localement des conséquences importantes en termes de transports, d’implantation de sites industriels, de choix énergétiques…

Un dernier regret : la Région n’a pas su s’imposer dans le paysage électoral. Les présidents sont souvent – et sans remettre en cause leurs compétences – des second couteaux qui peinent à mobiliser les électeurs alors même que les enjeux locaux sont colossaux…

Un seul souhait donc pour dimanche prochain, qu’il y ait une bien meilleure participation, qu’on puisse y voir plus clair et que les élus, quels qu’ils soient, soient légitimés pour leur futur mandat.

François

 
  • Enduro Racer

    Environ 13% de l’electorat a vote pour les listes de droite reunies, soit probablement un peu moins de 10% pour l’UMP. Vu autrement, plus de 90% de la population en age de voter n’a pas soutenu l’UMP. Commentaire de Xav’ Bertrand: « On nous avait annonce un vote sanction. Il est ou le vote sanction? »

  • Rachid Johannssonn

    L’arrogance et la langue de bois sont dans les gènes des leauders de l’UMP depuis que le nabot est au pouvoir. Copé hier soir était soufflant de morgue et de mépris, heureusement qu’y avait Borloo, peut-être rond comme une trompette, qu’a pas arrêté de dire des conneries et de continuer à bavasser quand plus personne ne l’écoutait plus, même plus les carpettes de service pour mener les « débats ». Au bout de dix minutes rien à faire, c’était plus supportable mais vraiment plus supportable. Il y a des questions à se poser sur les notuions mêmes de politiciens et de débat. Ce guignol n’intéresse plus personne.

  • Mike D

    Drôles d’élections où personne ou presque ne connaît les sortants, et encore moins les candidats !

    Où nos partis politiques, obnubilés par leurs guéguerres, voire leurs ambitions personnelles, nous font croire que c’est un scrutin national, se foutant royalement des enjeux locaux, NOS enjeux, pourtant énormes.

    Je suis un défenseur des partis politiques, par nécessité de structuration du débat public, mais qu’est-ce qu’ils sont mauvais… Pour réussir dans un parti, il faut avoir écrasé les autres pendant 20 ans. Du coup, une fois en haut, ils continuent, ne sachant rien faire d’autre.

    @ Rachid Johannsonn
    UMP arrogant, parce que vous avez Lefebvre et Bouboule dans le pif, ce que je peux comprendre.

    Mais vous savez, la cuisine au PS n’est pas folichonne non plus, malheureusement. Ai eu l’occasion de voir le meeting de JP Huchon sur LCP: Martine Aubry n’a pensé qu’à dézinguer Sarkozy pour mieux asseoir ses ambition au sien du PS et pour 2012, j’étais consterné. Est-ce au bénéfice des franciliens de gauche ? J’en doute ! Et le brave Jean-Paul s’est écrasé, probablement trop content d’être reconduit dans son poste. Président de la région la plus puissante de France, il s’écrase devant l’appareil… C’est incompréhensible. finalement, le seul président qui a la stature et qui dit merde à l’appareil c’est Frêche. Sans nullement cautionner ses dérapages consternants, il a le profil du véritable président de Région: fort dans son territoire, libre et qui dit m… le cas échéant.

    Quant à l’UMP c’est peut-être un parti sous « caporalisation » comme l’a dit Montebourg, mais à la limite, les querelles entre éléphants sont pour le moment éteintes. Ce qui est loin d’être le cas au PS: Hollande se fait mal à la gueule dès qu’il faut parler de la réussite du PS, Fabius occupe plateau TV sur plateau TV (quand il y a victoire), Ségolène Royal programme son discours exactement en même temps que celui de Martine.. et ne met nulle part ni le logo PS ni les couleurs PS, et j’en passe !… Une véritable cour de récréation.

    Et Europe Ecologie ne pense qu’à exister nationalement pour négocier sous conditions (dans le jargon Duflotien cela se traduit par « respect »). Pourquoi font-ils alliance avec le PS ? Ne peuvent-ils pas poursuivre leur route seuls ? Quelle est la raison ? L’écologie serait-elle de gauche ? S’ils veulent un jour grandir et devenir un véritable parti crédible, ils devraient abandonner leur étiquette. Là ils deviendront intéressants et à mon avis, pourraient avoir d’étonnantes et agréables surprises……

    Le fond de ma pensée c’est que ces élections, indépendamment des couleurs politiques, sont bel et bien ratées à cause des partis politiques et des états-majors nationaux.

  • Alonzo Sinemma

    Tout à fait d’accord, la peste n’excuse pas le choléra et c’est infiniment regrettable quan on aime la démocratie et qu’on ne rate pour rien au monde le moment de voter. Mais est-ce qu’on a la malchance historique de tomber szur des requins stupides et aveugles ou est-ce qu’on a ce qu’on mérite parce qu’on est devenu un peuple de nazes bêlant devant sa télé ? J’aimerais tant que ce soit la première réponse…

  • François

    Quelqu’un a trouvé le moyen de mobiliser l’électorat pour le second tour; pour sûr ça marchera !

    http://vidberg.blog.lemonde.fr/2010/03/14/comment-mobiliser-les-abstentionnistes/

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