En ces temps d’agriculture durable, de nutrition raisonnée et de régimes en tout sens, il est un aliment qui a véritablement été massacré par le nutritionnellement correct. Cet aliment, c’est évidemment le surimi.

Considéré comme le symbole de l’alimentation postmoderne prédigérée et reconstituée, il est perçu par beaucoup comme une ignoble compilation de déchets de poissons. Désormais, il est mal vu de consommer du surimi, qui serait une nourriture moins respectable que la tomate dégueulasse d’Espagne, ou que la chair blême du porc breton maltraité en batterie. Le consommateur de surimi est observé, parfois dévisagé, souvent jugé.

A notre époque, où le bon sens remplace le raisonnement, il paraît bien naturel de ricaner devant ces bâtonnets de crabe enfilés dans leur gaine en plastique transparent. Obsédé par le « visuellement correct » et le qu’en dira-t-on, le bobo trouve plus cool de consommer « terroir » et de s’afficher en terrasse avec une bouteille de rouge. Evidemment.

Deux doigts coupe-faim

Et pourtant, quoi de meilleur qu’une salade composée d’avocat, de pamplemousse et de bâtonnets de surimi ? La spontanéité des crudités et la fraîcheur de l’océan réunies par la subtilité gourmande de la mayonnaise.

Qui, honnêtement, peut résister au choc gustatif du bâtonnet trempé dans le pot de mayonnaise, et dévoré à l’apéro ? Ou alors en pleine nuit ? Mordre à pleines dents dans l’océan sans bouger de chez soi, quoi de plus moderne et de plus environnementalement responsable ?

Des chiffres ? Oui, sans problème, le surimi n’a rien à cacher.
Prenez par exemple la boîte de 12 bâtonnets. Qu’y trouve-t-on ? Que du bon : 39% (oui, 39%) de chair de poisson, de l’eau, de l’amidon de blé, du blanc d’œuf en poudre. Quelques exhausteurs de goût (rien de bien méchant), un peu de paprika pour la couleur. Rien de plus sain, donc.

Faisons un peu de prospective

Dans 10 ans, le surimi ne subira plus l’infamie actuelle, parce qu’il sera parfaitement en phase avec les aspirations essentielles des consommateurs. Epris de liberté, mais aussi de territorialité, à la recherche de l’aliment qui nourrit mais aussi qui guérit, le consommateur de demain fera sans aucun doute du surimi le best seller des années 2020.

Dans 20 ans (à partir de 2030, donc), le consommateur n’aura plus le choix. Les stocks de poisson des océans étant totalement épuisés, il faudra boucler la boucle et mieux valoriser nos déchets. La poubelle ne sera plus la destination finale pour nos restes alimentaires, mais l’une des étapes entre le repas d’hier et celui de demain. A n’en pas douter, le surimi sera alors l’aliment roi. Enfin, serions-nous tentés de dire.

 
  • Mike D

    L’auteur de ce très bon article semble s’être avant tout fait plaisir en l’écrivant. Mais a-t-il vraiment la foi, croit-il vraiment au surimi comme aliment du futur ? Ne pourrait-on pas alors compléter le batonnet avec un arôme mayonnaise et pourquoi pas, une subtile touche de muscadet ? 3 en 1 !

    Je me permets également une anecdote: il y a 2-3 ans, alors que je partais en vacances à la mer en auto, on m’a refilé au péage un batônnet de surimi tiède, tiré d’un seau en plastic dans lequel ledit batônnet devait trainer depuis des heures au soleil (comme les vrais poissons vus noterez), pensant certainement que j’allais m’enfiler le batonnet en roulant (irresponsable, on ne mange pas en conduisant). Depuis ce jour béni, le surimi me fait gerber malgré ses 38% de bouillie de poisson qu’il contient (yeux,excréments non évacués, organes vitaux…et j’en passe).

  • René

    Enfin quelqu’un qui rend justice au surimi, qui est la plus belle conquête de l’homme depuis le Solex et le mouchoir en papier !!! Mais faut pas faire d’erreur : surtout pas acheter le surimi le moins cher, sans crabe, il est mou et fadasse comme une speakerine de TF1. Goûter ceux plus fantaisie (ail et fines herbes etc.) peut valoir le coup, surtout pour l’apéro. A éviter aussi : oublier d’enlever le film plastique, c’est pas que ça soye mauvais mais ça rape les conduits en ressortant.

  • http://www.lovesurimi.com/ Surimi lover

    Vous ne le saviez peut-être pas, mais la recette du surimi est apparue au pays du soleil levant, il y a déjà plus quatre siècles. Alors connu sous le nom de « kamaboko » soit « mode de conservation du poisson », ce fût longtemps pour les femmes des marins japonais la meilleure façon de préserver les qualités nutritives des produits de leur pêche.

    À l’époque, elles émiettaient les filets de poissons qu’elles rinçaient ensuite à l’eau douce puis assaisonnaient convenablement et reconstituaient en forme de petits pains consommables tout au long de l’année.
    C’est à la fin des années 80 que le surimi se commercialisa en France et fit immédiatement de nombreux adeptes. Aujourd’hui, plus de la moitié des Français en consomment quotidiennement. Chaud ou froid, en miettes ou en tranches, le surimi est un ingrédient incontournable à consommer sans modération pour les petits… mais aussi pour les grands !

  • H. Velud

    50% des français bouffent quotidiennement cette merde ? eh ben on est tombés bien bas

  • Ozzy

    Hep !

    On parle de Surimi et de repas bas de gamme (réveillon en l’occurence) sur le site
    http://vidberg.blog.lemonde.fr/2008/12/21/reveillon-de-crise/

    A quand un article sur la saucisse Herta et plus généralement, sur tous nos mythes de l’alimentation: vache qui rit, babibel, raviolis (avec des couilles de taureaux)…

  • Véronique de Ventimmille

    Je recherche une recette à base de surimi ? Quelle est votre recette préférée ?

  • John Rooney

    Je recherche une recette à base de surimi ? Quelle est votre recette préférée ?

  • Véronique de Ventimmille

    @ C’est marrant, moi aussi

  • http://www.programme-presidentiel.com/2010/11/11/la-gastronomie-nomade-dans-un-triangle/ La gastronomie nomade dans un triangle — Comptoir des politiciens

    [...] sandwich triangle, tout comme le bâtonnet de surimi, est un aliment largement sous-estimé, et généralement brocardé par les prétentieux et puants [...]

  • Marie

    J’espère que cet article sera dans LE livre… ! Avec ça, pour sûr, j’l'achète !

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