copenhague1Le sommet de Copenhague vient de s’achever, et le sentiment qui prédomine est celui d’un cuisant échec. Un « lamentable fiasco », selon les Verts. Les media ont embrayé : « Bilan décevant » (Le Monde), « Amertume d’un accord a minima » (Le Temps), « Echec du sommet » (Rue89).
Il est cependant utile de rappeler l’extraordinaire complexité des sujets abordés lors de ce sommet, et l’ampleur du défi que représente la lutte contre le changement climatique.

Lutter à l’échelle planétaire contre le changement climatique suppose :
1. De sortir de la dépendance aux énergies fossiles
2. D’intégrer la sobriété énergétique comme principe de fonctionnement de nos économies et nos sociétés
3. De construire un plan d’action contraignant d’aujourd’hui à 2050 (horizon des négociations internationales) pour que tout le monde contribue à l’énorme effort demandé.

Cela heurte de front deux dimensions de nos sociétés actuelles :

  • La logique du court terme régule les comportements économiques, les attentes des populations et les décisions politiques. Imposer une stratégie contraignante, coûteuse et pénalisante pour certains secteurs économiques (également génératrice d’opportunités économiques, mais qui restent par définition encore virtuelles !) n’est donc pas facile à accepter, d’autant plus en période de crise économique et sociale.
  • La souveraineté nationale est un principe clé qui régit l’ensemble des relations internationales. Or, le climat est par nature l’affaire de tous, chaque pays ne peut pas faire ce qu’il veut chez lui. Or question du contrôle des politiques de chaque Etat est une idée assez révolutionnaire. Aujourd’hui, les USA ou la Chine sont loin d’accepter ce type d’autorité supranationale.

eolienneLes difficultés des négociations ne reposent pas que sur ces éléments. Il faut également rappeler le contexte tendu entre pays du Nord et du Sud, les premiers étant accusés d’avoir une responsabilité historique dans le phénomène de changement climatique, et de vouloir limiter les perspectives de développement des pays les plus pauvres.

La complexité des négociations repose aussi et surtout sur les divergences d’intérêts des différentes nations face à la question du changement climatique.
Certains pays (ceux du Sud, en particulier) sont déjà touchés par les effets du changement climatique ; leur urgence est avant tout d’arriver à adapter leurs sociétés à ces nouvelles conditions climatiques. Pour cela, ils doivent être aidés financièrement et technologiquement par les pays du Nord, et rapidement… la réduction des émissions de gaz à effet de serre peut leur apparaître moins urgente, et davantage relever de la responsabilité des pays du Nord.

A ces derniers, il est donc demandé de réduire au plus vite leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais là encore, les intérêts divergent.

Pierre Radanne, négociateur pour les pays africains à Copenhague, distingue deux types de pays :

  • Les pays « pleins », c’est-à-dire densément peuplés et faibles en ressources naturelles (Europe, Japon), qui sont à la pointe des négociations climatiques. Leur position rejoint leurs intérêts stratégiques : des territoires densément peuplés dont il faut économiser l’espace et les ressources, avec la nécessité de recourir aux énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux importations d’énergie.detroit-michigan
  • Les pays « vides » (USA, Chine, Russie, Australie, Canada), dont la densité de peuplement reste faible et les ressources énergétiques fossiles considérables. Les modes de fonctionnement de leurs sociétés (habitat étalé, usage massif de l’automobile) et leurs intérêts économiques (production et exportation d’énergie fossile) les a évidemment placés en porte à faux par rapport aux objectifs de lutte rapide et efficace contre les émissions de gaz à effet de serre.

C’est donc l’extrême complexité de ces négociations qui explique l’échec relatif du sommet de Copenhague.

Mais là encore, il faut resituer ce sommet dans un cycle de négociations qui a commencé il y a plusieurs années, et qui se poursuivra l’an prochain à Mexico. Copenhague n’a pas été inutile, il s’agit d’une étape parmi bien d’autres dans un combat de longue haleine.

 
  • Lucie

    à lire cette analyse d’Eric le Boucher, sur Slate.fr
    un point de vue différent, bienvenu en ces temps de consensus :
    http://www.slate.fr/story/14653/copenhague-succes-reussite-planete-climat-sommet

  • Franck Ribéry

    Echec ou pas : on va tous crever.

  • Louis Van Gaal

    (traduction assurée par notre envoyé spécial)
    « Franck, je vous interdis de vous exprimer sur le sommet de Copenhague. Vous devez vous concentrer sur la récupération et l’entraînement »

  • Mike D

    L’ONU devrait nommer Bono négociateur inernational officiel.

    Michael Jackson ç’aurait été parait mais bon…

  • catherine

    Je crois que le problème de Copenhague, c’est que l’on a seulement traité les questions de climat et de réduction gaz a effet de serre. Il n’a pas été traité le problème de la rarefaction des ressources et de destruction de la biodiversité, qui va de pair avec un développement économique effréné.

    On dirait que l’on est à l’ère de celui qui pourra s’accaparer le plus vite des dernières ressources, alors que ce traité aurait également pu mener à un accord de plus juste répartition, afin d’éviter les tensions entre pays et d’entraîner une évolution vers la sobriété et le développement de nouvelles technologies.

    Merci pour le liens dans vos post cast !

  • Frédéric

    @ catherine :
    chère madame, pour que votre lien soit visible dans notre blogroll, il faudrait que nous en connaissions l’adresse
    merci

  • Paul Norre

    Tout ça ça fout les jetons. Vite, un discours de notre bien-aimé président pour nous dire que l’important c’est de savoir qui a la tronche du bon français et qui celle de l’affreux bicot !

  • http://www.citations-proverbes.com Proverbe

    Une bien lourde déception alors qu’on en attendait tellement de ce sommet. Malgré toute sa bonne volonté, supersarko n’a rien pu faire. Il faut dire que les pays émergents tel que la chine ont pourri le sommet. D’un coté, on ne peut le leur reprocher : Les occidentaux sont responsables du désastre écologique actuel et on leur demande d’en payer les frais. Mais ces derniers préfèrent rattraper leur retard … Au final, l’utopie se termine sur un accord de vitrine. AU moins cet échec fera date, et on espère qu’à l’avenir on se souviendra de ce « désastre » comme expérience.

  • http://www.earth-car.net/ Location voiture marrakech

    Un article très interessant ! merci beaucoup

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    Pas mal comme information.

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