Déambulant hier soir dans le quartier des Halles à Paris, près de l’Eglise Saint-Eustache, j’ai cru identifier une nouvelle attitude qui pourrait être identifiée comme bobo. Je vais vous décrire la situation, mes impressions, et vous me direz si je fais fausse route ou bien si, au contraire, une nouvelle petite tendance voit le jour.

Donc, trois jeunes gens (deux gars, une fille), les cheveux désordonnés et la Marlboro Light à la main, prenaient l’apéritif en terrasse (couverte).

Pour l’instant, rien de bien significatif en effet. Seulement voilà, leur apéritif c’était trois ballons et une bouteille de vin rouge posée ostensiblement au milieu de la table.

Nul ne peut nier le fait que, au bistrot, on boit facilement un ballon de rouge, comme on pourrait se taper un demi, un Ricard ou un kir. Oui mais à y regarder de plus près, cette scène classique était un magnifique trompe l’œil et chez nos trois amis, plusieurs éléments ne collaient pas…

D’abord leur âge. Certes c’est subjectif mais tout de même, j’affirme que quand on a la trentaine, on ne prend pas de rouge à l’apéro (au pire c’est un blanc sec, ou alors du « Chaaardonnaay » pour les plus raffinés).

Ensuite, quand on boit un ballon (une côte de préférence), on est le plus souvent accoudé au comptoir, plus ou moins affalé selon le nombre d’unités gobées, et pas à une terrasse chauffée par des braseros.

Enfin, quand bien même on peut prendre du vin rouge en apéritif au bistrot, il est très rare d’avoir la bouteille posée sur la table : les patrons servent à l’unité. Il y a donc probablement eu commande spécifique de nos trois amis.

Ce faisceau d’éléments me laisse à penser que tout ceci n’était pas un hasard et qu’il y avait une mise en scène étudiée. Rien de grave, naturellement, mais suffisant pour attirer brièvement l’attention et capter le regard des passants. Or souvenez-vous, être bobo c’est se différencier sans être pour autant marginal ; là, le coup de nos trois amis est réussi et on leur consacre même quelques lignes !

François

 
  • Laszlo Guimaraës

    Moi ça me paraît louche, trois jeunes qui se shootent au kil en plein air, au vu et au su de tout le monde, si c’est pas de la provoc ça, et de la pire espèce ! L’aurait fallu vérifier leurs papiers, voir si les ausweis étaient bons, et en cas qu’ils rouspètent fouille au corps et tout le tremblement. C’est le laxisme qui nous perdra, mais que fait la DGSE ? Sarko, remets-nous tout ça au pas au lieu de perdre ton temps avec le le Moyen Orient ou la crise financière !

  • Frédéric

    Cet article touche au sublime, de par la capacité de l’auteur à sublimer (justement) l’insignifiance de l’instant.
    3 types boivent une bouteille de rouge, et ça devient un événement sociologique hautement significatif… très très fort !
    D’ailleurs, ne dit-on pas que le génie du sociologue réside dans son aptitude à révéler le signifiant dans le banal ?

  • Francisco del Arizona

    Attention à ne pas voir le bobo où il n’est pas. Y’a un petit coté pittoresque que les jeunes d’aujourd’hui fassent comme leurs grands-parents.
    Autrefois, on faisait dans nos villages de la France rurale, profonde.

    Pour une fois que les bouzeux étaient en avance vis à vis des bobos snobinards parigo !

    A la bonne votre !

  • Eric

    C’est vrai que comme le dit Francisco del Arizona, les bobos essayent parfois de remettre au goût du jour de vieilles pratiques.

    On peut appeler ça le « bobo vintage » ou le « bobo roots » selon la pratique mise en avant, une sorte de sous-catégorie de la famille bobo.

  • valérie

    et que pensez des rapaces qui se nourissent sur les restes des bobos ? je pense notamment à l’auteur de cet article
    comme dit le proverbe, à trop combattre le dragon, on risque de devenir soi même un dragon

  • Un dragon

    Valérie, as tu déjà réellement chassé la dragon et sais tu ce que cela signifie, pour employer cette expression.
    Je pense que tu as oublié l’humour qui pouvait se cacher derrière cet article et effectivement voir des jeunes se rincer le gosier au rouge en terrasse ne peut qu’attirer l’attention bobo ou pas.

  • valérie

    non, je n’ai pas chassé LA dragon, comme vous dites
    quant à mon humour, je le distille à petites doses, je ne le disperse pas aux quatre vents

  • encore un dragon

    Les éléments fournis par l’auteur (cheveux en bataille et marlboro light) sont hélàs insuffisants pour se livrer à une analyse sociologique honnête. Ces jeunes gens par exemple sont-ils français, ou même simplement parisiens? Je propose d’avancer avec le pas d’un loup au coeur d’une nuit de pleine lune sur ce sujet délicat.

  • http://www.programme-presidentiel.com/ François

    Valérie,

    je concède aisément (et je l’ai déjà fait dans d’autres articles !) que moi aussi je suis bobo sur plein d’aspects. Tenez, que faisais-je là ce soir là ?

    Je concède également le fait qu’écrire sur les bobos, sur un blog a fortiori, c’est très bobo probablement.

    Et je suis d’ailleurs prêt à concéder de très nombreux côtés bobos (même lire l’Equipe, on me l’a dit) car tout simplement, j’essaye d’observer cette tendance sans aucune défiance, encore moins d’animosité ni de quelconque honte ou gêne.

    C’est juste de décrire un phénomène marquant et, je trouve, très très intéressant.

    Si vous pensez que je me moque, vous vous trompez vraiment.

    Pour preuve de ma bonne foi, je suis même prêt à faire ma propre auto-analyse et y repérer les (nombreux) aspects bobo ! Chiche !

  • Marie-Gervaise de Morsac

    Et pourquoi qu’on se réunirait pas tous pour discuter calmement de la boboïté ou de la non-boboïté du sujet ? Et pourquoi qu’on le ferait pas autour d’un ballon de Côtes à la terrasse de Lipp ?

  • Félix

    Quand on se moque des piliers de comptoirs en faisant paraître des livres sur leurs citations, tout le monde rigole, etles piliers eux-mêmes certainement aussi (ils ont le sens de l’humour)

    En revanche, quand un gard, l’auteur, décrit des phénomènes bobos, là on lui tombe dessus. Faut arrêter de se prendre trop au sérieux.

    Alors continuez à écrire sur les bobos !

  • Philippe

    Chers amis,
    Sortez un peu de chez vous !!!
    Boire un bouteille de vins entre amis n’a rien de bobo …
    Peut etre n’êtes vous pas sans savoir que la France est un pays producteur de vin, et en majorité de vin rouge. Quoi de plus naturel que d’en déguster, en terrasse dans un quartier branché, ou au fin fond d’un troquet.
    Les lobbys hygiénistes ont-ils a ce point gagné qu’il vous paraisse inconcevable de déguster une bouteille de vin entre amis??? Je ne comprends pas cette réaction.
    Vous parlez d’un verre de Chardonnay, pour faire « comme dans les films » mais justement, ils ne font pas comme dans les films ! Ces jeunes gens ont peut être une culture ou un art de vivre que vous n’arrivez pas à comprendre, tellement vos oeillères sont grandes.

  • Philippe

    NB : J’ajoute que l’on peut voir ca partout dans d’autres villes, et pas qu’à St Eustache !!! Bordeaux, Toulouse, Bayonne, Montpellier, Perpignan, Narbonne pour ne parler que de quelques unes.
    Et pourquoi une bouteilles entière et pas 3 verres? Hé bien parce que justement, dans un bar, 3 grands verres de vin = 1 bouteille. Un grand verre, c’est 25 cl. Un ballon, c’est 12.

  • http://www.programme-presidentiel.com/2010/03/12/surimi-forever/ Surimi forever — Comptoir des politiciens

    [...] correct » et le qu’en dira-t-on, le bobo trouve plus cool de consommer « terroir » et de s’afficher en terrasse avec une bouteille de rouge. [...]

  • http://www.programme-presidentiel.com/2010/09/23/decalage/ Décalage — Comptoir des politiciens

    [...] – celle, parisienne du 3eme arrondissement, jeune,  sapée mode, outillée comme il faut (Aïphone…), heureuse, décomplexée, dynamique, qui clope des Marlboro light en terrasse… [...]

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