Depuis quelques semaines, on parle beaucoup du système de bonus malus mis en place par Jean Louis Borloo dans le secteur de l’automobile. Destiné à favoriser les voitures les moins polluantes, son impact a été bien plus important que prévu : le marché s’est spectaculairement déplacé vers les petites voitures. Résultat, la consommation de carbone par l’automobile a baissé de 9% en 8 mois. Accessoirement, le dispositif a coûté 140 millions d’euros à l’Etat, ce qui fait grincer des dents Bercy. En ces temps de contrainte budgétaire, pas question de dépenses nouvelles, même si elles ont un impact plutôt positif sur l’environnement.

Le budget 2009 ira a priori beaucoup plus loin en terme de fiscalité écologique. Tant mieux, car la France est très en retard par rapport à ses voisins européens. Devant le succès du dispositif mis en place dans le secteur automobile, on parle d’étendre le système de bonus / malus à d’autres secteurs (électronique, électroménager, construction…). L’avantage de ce type d’approche, c’est qu’il permet, sans coût supplémentaire pour l’Etat, de modifier de manière rapide les comportements des consommateurs. L’Etat, par l’outil fiscal, peut alors jouer un rôle déterminant dans l’avènement d’une société de consommation plus responsable.

Les limites de cette approche sont évidentes, car le gouvernement se heurte ici à une contradiction majeure. Il s’agit d’inciter les consommateurs à consommer « mieux » (et donc, à polluer moins), tout en les encourageant à consommer toujours plus. Croissance du PIB, pouvoir d’achat, lutte contre la vie chère, moral des ménages… tout notre système économique tourne autour de cette logique du « consommer plus ». Le gouvernement veut croire qu’il est possible de concilier les deux approches, à travers la notion (assez vague), de « croissance verte ».

Une « croissance verte » suffira-t-elle à réduire significativement l’impact de nos sociétés sur la planète ?
En d’autres termes, la technologie et la science nous sauveront-elles d’un brutal réchauffement planétaire ? Ou bien faut-il reconnaître que c’est l’ensemble de notre système économique qui est à bout de souffle ?

Promouvoir la « croissance verte » est probablement le meilleur argument de ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change vraiment.

Fred

 
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9croissance_(%C3%A9conomie) Romain

    Effectivement, celà s’appelle un oxymore.
    Dans un monde aux ressources finies (pétroles, atmosphère non polué, poissons, la croissance infine est tout simplement absurde.

    Une seule solution semble s’imposer d’elle-même: la Décroissance soutenable.

    Il ne s’agit alors plus de pousser la population à acheter des voitures moins polluantes, mais bien de remettre en cause le principe même de la voiture individuelle, tout en proposant transports publiques de qualité, pistes cyclables et une relocalisation de l’économie…

    Romain, Objecteur de croissance (verte).

  • Clara

    je me demande si l’article n’est pas un peu excessif. peut etre qu’il y a d’autres alternatives, que seulement le choix croissance / décroissance. Là on est dans un débat idéologique, pas sûr que ce soit la bonne entrée. si on veut mobiliser tous les acteurs de la société, il faut une approche plus consensuelle et positive !

  • François

    A méditer, la puissante mutation, en l’espace de quelques décennies, de nos société de l’industrie aux services.
    Mutation+ croissance est possible.
    En tout cas, j’y crois.

    Et je ne pense pas que la croissance soit exclusive d’autre réflexions et changemetns eux aussi nécessaires (cf ce que dit Romain sur les déplacements et la voiture)

    En revanche, je crains que si on opte pour la voir de la contrainte et de la décrossance forcée, même expliquée, on échouera.

    C’est un peu comme les régimes et l’alimentation: mieux vaut expliquer et proposer, par exemple concernant le Mac Donald’s, que de les interdire.
    Voir sur ce point l’article ci-dessous:
    http://www.programme-presidentiel.com/2007/11/03/le-hamburger-mac-donald-est-il-de-la-malbouffe/

  • Frédéric

    Vous n’avez pas tort, cependant tant qu’on restera dans le discours (« on peut y arriver », ou alors « ah non, ça paraît difficile »), le débat ne sera jamais tranché. Il faudrait qu’on arrive à chiffrer concrètement le coût du réchauffement climatique, à chiffrer les efforts de réduction de gaz, etc. Il faut des données objectives, sinon le débat risque de rester flou et, à mon avis, pour une bonne part idéologique (comme le souligne Clara).
    Ma conviction, c’est qu’une approche chiffrée et objective de ces enjeux montrera qu’on est très loin du compte avec notre « croissance verte » !

  • Jové Bosé

    On en revient toujours au même constat : la réflexion ne peut absolument pas rester franco-française. Vous imaginez un pays qui, tout seul dans son coin, prendrait la moindre initiative contraire à la logique libéralo-capitaliste en vigueur partout, surtout (et c’est bien le plus inquiétant) chez ceux qui se libèrent des dictatures.

    Alors l’essentiel et la première tâche, ne serait-ce pas de créer d’abord les conditions d’un débat à l’échelle au minimum européenne, mais ce ne serait pas suffisant. Hélas, qui peut y croire ? Quel pays, quelle personnalité charismatique (mais que je me méfie des personnalités charismatiques !), quel leader en serait capable ?

    Y en a pas. Et c’est tragique.

  • Pierre

    Fred, je ne comprends pas vraiment ta conclusion ?
    Consommer mieux s’est aussi de consommer plus responsable, en consommant moins !

    Peut-on encore douter du réchauffement climatique ?
    Regarde en tout cas la 1ere minute de ce film :
    http://www.croissance-verte.com/archive/2008/08/20/peut-on-encore-douter-du-rechauffement-climatique.html

  • Antonio

    messieurs, nos chers economistes se sont deja penches sur la question que vous soulevez : pour le cout du rechauffement climatique dans toutes ses nuances, c’est ici (http://www.philomag.com/article,epoque,nuls-en-calcul-le-cout-du-rechauffement-climatique,357.php).

    Frederic, je serais plutot de l’avis de Clara et Francois : il y a sans doute des secteurs dans lesquels on peut produire moins, d’autres dans lesquels il faur se defier des publicites mensongeres, certes notre modele de developpement est tres loin d’etre parfait (et pas uniquement du point de vue environnemental).
    mais je pense que la decroissance est une utopie malsaine, en ce qu’elle nous fait miroiter de fausses bonnes idees, une solution toute simple a des problemes bien plus complexes…

    mieux vaut revoir tout ce que nous pouvons revoir chez nous, et tout faire pour ne plus exporter tel quel notre modele de developpement, non ?

  • Frédéric

    à Pierre
    je ne pense pas que le gouvernement nous incite à consommer moins. Son obsession est d’encourager la consommation, par les prix bas, le pouvoir d’achat, l’ouverture de nouveaux supermarchés, etc. Là dessus il parie sur la croissance verte, mais sans entamer de réflexion sur « comment consommer mieux, voire moins ». Donc il ne va pas au bout des choses, loin de là !

  • François

    Je suis d’accord avec Frédéric, il nous faut des indicateurs pas précis (cela viendra) mais surtout fiables. C’est indispensable… L’ADEME a commencé, mais on est encore loin du compte: qui connait l’ADEME ?

    Aussi, je crois à la vertu de l’exemple: n’attendonds pas un hypothétique consensus écologique, mieux vaut construire en marchant.

  • Jové Bosé

    Je vous trouve tous bien utopistes, jeunes gens. Yaka c’est très bien, mais comment on s’y prend quand il n’existe aucune instance au monde capable d’amorcer le moindre début de commencement de rétropédalage ?

  • Frédéric

    José, il existe les accords de Kyoto, qui définissent des objectifs chiffrés par pays de réduction des gaz à effet de serre. L’Union Européenne définit également des objectifs communs pour l’Europe.
    Bref, tout est en place ! non, je plaisante, tout reste à faire. Mais bon est-ce une raison pour ne rien faire de notre côté ?

  • http://www.programme-presidentiel.com/2008/09/24/changement-climatique-au-boulot/ Comptoir des politiciens – » Changement climatique : au boulot !

    [...] des comportements plus respectueux de l’environnement ? Il  y a quelques jours, nous avions eu ce débat sur ce blog. Entre les partisans de la décroissance et les tenants de la croissance verte, le débat [...]

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