« Le pétrolier Shell a été condamné pour publicité mensongère. Le groupe se vantait de contribuer au développement durable dans un projet d’exploitation de sables bitumeux. », titrait Libération mercredi 13 août.

C’est une bonne nouvelle ! Ces dernières années, on voit se multiplier des campagnes de communication de la part de grands groupes qui se servent du thème du développement durable. Le public étant devenu réceptif à cette notion, un produit labellisé « développement durable » bénéficie tout de suite d’une meilleure image.
De même, certains grands groupes (Total, Elf, EDF, Peugeot, Veolia…), dont les activités contribuent à leur manière à l’épuisement des ressources naturelles et à la pollution de l’environnement, ont sauté sur l’opportunité pour changer d’image, et nous faire croire que leur activité défend la planète.

Le problème, c’est que beaucoup de ces campagnes publicitaires exagèrent le mérite du produit vanté, quand elles ne sont pas carrément mensongères. Voir l’enquête de l’Alliance pour la Planète.

Plus grave, elles contribuent à complètement vider de son sens la notion de développement durable.
Prenons la question de l’effet de serre : l’activité humaine rejette dans l’atmosphère des gaz (en particulier du CO2), dont la concentration excessive entraîne l’élévation de la température moyenne. Un développement durable de l’humanité nécessiterait que ces rejets diminuent fortement pour ne pas compromettre l’équilibre de notre planète. Ainsi, pour réduire la hausse des températures, les pays industrialisés se sont engagés à diviser par 4 leurs émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050.

A côté de cela, un constructeur automobile nous fait croire qu’il contribue au développement durable parce que son nouveau modèle rejette 135grammes de CO2 par km, au lieu de 145. Il oublie bien sûr de dire que, la situation actuelle étant tellement préoccupante, si nous voulons éviter d’importants déréglements climatiques, il faudrait faire beaucoup mieux qu’aujourd’hui… et pas seulement un peu moins pire.

Ces entreprises véhiculent donc de manière insidieuse l’idée que le développement durable est une nouvelle mode sympa, une manière de se rapprocher de la nature, de mieux respecter l’environnement. Mais il ne faut pas que les gens se mettent à croire cela ! Diviser par 4 les émissions de gaz à effet de serre devient une nécessité absolue. Cet engagement chiffré, si nous voulons le tenir, nécessitera des efforts considérables de la part de tous les pays, dans tous les secteurs : économique, des transports ou du logement. Nos modes de vie devront également changer. Ces efforts auront évidemment un coût considérable, et il faut que tout le monde l’admette au plus vite.

Honte à ceux qui sapent ces efforts pour vendre plus de bagnoles ou de bidons d’essence !

Fred

 
  • David

    liens aussi intéressants que l’article, merci !

    il faut effectivement prendre ça très au sérieux, au lieu d’instrumentaliser le DD pour le mettre au service d’une logique purement mercantile. le DD n’est pas le dernier gadget à la mode, et on a encore peu conscience des efforts que nous devrons tous produire pour y arriver.

    pour atteindre cet objectif, il faut toutefois pouvoir concilier « développement » et « durable », ce qui signifie qu’il est impossible de convaincre le monde entier de s’y mettre sans proposer une réorientation de notre économie : en gros, produire mieux, mais produire quand même. sinon, on verse dans la décroissance, non ?

  • François

    L’article montre bien, effetivement, l’utilisation abusive par les « communiquants » du développement durable. Il manque une haute autorité de régulation et de contrôle.

    Mais David a aussi raison: pour progresser dans la recherche, il faut continuer à vendre. Equilibre délicat à trouver.

    Je ne crois pas possible un « big bang écologique », à la conversion immédiate vers un nouveau système de développement.

  • Corliss

    Vous avez raison, attendons que tout se casse la gueule, qu’on ait de la flotte jusqu’au plafond, et puis on agira. Vous êtes prisonniers du libéralisme et d’une certaine rigidité de pensée, qui vous empêche de réfléchir autrement. Dommage.

  • José Mové

    Ce qu’il y a de dégueulasse surtout, c’est le parfait cynisme de tout ce qui appartient de près ou de loin au gros bizness : les destructeurs de l’environnement te poussent à consommer toujours plus, au nom même de la préservation de l’environnement !!! Ecoutez Total, EDF etc : leur discours revient à dire : plus vous dépensez l’énergie, plus vous la préservez ! Qui peut défendre ça ?? Qui ça ne fait pas vomir ??

  • François

    @ Corliss

    regarde l’Eco-prêt à taux zéro: c’est justement une mesure équilibrée, réaliste.
    Tu crois que les gens feraient 30K€ de travaux comme ça, parce qu’il le faut pour la planète ? Vouloir je veux bien, pouvoir c’est souvent autre chose…

    Voilà l’exemple d’une mesure qui concilie réalité et ambition écologique

  • Corliss

    et il est ou le rêve ? elle est ou l’ambition ? il faut renverser les murs, repousser les montagnes ! sortons du carcan libéral !!!

  • David

    @ Corliss

    c’est intéressant, mais je te retourne la question : qu’est-ce que tu proposes exactement ?

    en tout cas, tu as employé une belle formule sur laquelle nos politiques pourraient méditer : « carcan libéral ». si c’est pas une contradiction, ça ! et pourtant, c’est vrai.

  • Corliss

    @ david : je ne propose rien ! ce n’est pas mon job, mais celui de ceux qui nous gouverne. En tant que citoyen, je demande à changer de système, de perspective, d’arrêter de produire pour produire, et de bousiller toute la planète. je ne pense pas qu’on s’en sortira par des mesures qui arrangent tout le monde, mais bien par des choix de société qui feront mal. Ou alors, on constatera les dégâts quand il sera trop tard.
    Pour les solutions techniques, je laisse aux experts le soin de proposer, et aux politiques de disposer

  • Zakary

    @ Corliss

    Tu broutes, Corliss, tu broutes…
    Et tu meugles aussi mais comme un bon citoyen qui attend sa ration de foin ! ;-)

  • David

    dommage ! on peut considérer que le « job » d’un citoyen , c’est aussi de proposer et de dire haut et fort quand qqch ne lui convient pas. on se plaint tellement du fait que nos élus sont loin du terrain, déconnectés de notre vécu, peu imaginatifs…

    en revanche, nous sommes d’accord sur la nécessité des « choix de société qui feront mal ».

    si je lis entre les lignes, ta critique du « produire pour produire » me laisse penser que la décroissance ne te choque pas. ou je me trompe ?
    je suis contre, notamment parce que l’un des principaux enjeux d’aujourd’hui est la répartition EQUITABLE des richesses, ce à quoi aspirent notamment les pays moins développés (et comment le leur reprocher, alors que nous nous gavons depuis des décennies ?). donc, pour répartir les richesses, encore faut-il en créer… sans quoi on gère la pénurie, ce qui serait sans doute source de conflits.
    voilà, donc, réorienter oui, produire mieux ok, mais produire suffisamment aussi…

  • Corliss

    Répartition équitable des richesses ? Oui, mais le problème n’est pas seulement là. Peut être que nous produisons trop de richesses. Et trop mal ! Le PS n’a pas compris que l’enjeu n’était plus seulement celui de la répartition, mais aussi celui de la production

  • http://www.programme-presidentiel.com/2009/02/11/affiches-politiques-l%e2%80%99extreme-gauche-championne/ Affiches politiques : l’extrême gauche championne : Comptoir des politiciens

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