3 September 2010

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Les prédateurs sexuels et la politique

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Il ne se passe plus une semaine sans que la presse ou la radio évoque, à propos d’un viol ou d’un crime à caractère sexuel, la recherche active du « prédateur sexuel » responsable de ces actes.

Qu’est ce qu’un prédateur ? C’est un animal qui se nourrit d’autres animaux. La notion de « prédateur sexuel » constitue donc une analogie très claire entre l’individu coupable de crimes sexuels et la bête assoiffée qui va se jeter sur son innocente victime. On imagine l’immonde animal tapi dans l’ombre, sur le chemin de l’école.

Ce type d’analogie soulève une question politique importante : le criminel est-il quelqu’un comme vous et moi ? Parler de « prédateur sexuel », c’est rejeter le criminel dans un autre monde : ça n’est pas quelqu’un comme nous, c’est un monstre. Que fait-on avec les monstres ? On les enferme, on les élimine. Pas de réhabilitation possible, évidemment.
Ainsi, on se rassure en se rappelant qu’on est du bon côté. En plus, parler de monstre évite de se demander si la société est pour quelque chose dans l’apparition de ces comportements odieux.

Les médias, en employant à tout va ce type de vocabulaire, véhiculent insidieusement l’idée que la meilleure manière de lutter contre les « prédateurs sexuels », c’est de détecter les comportements déviants dès la maternelle, et d’enfermer à vie les individus potentiellement dangereux. D’appliquer le programme de Sarkozy, donc.

Fred

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Comments

  1. Timoléon (Mauléon) says:

    Il ne faut pas négliger un aspect essentiel de la question : le mot monstre vient du verbe montrer. Etymologiquement est monstre tout ce qui est digne d’être montré en public et donc de rapporter de l’argent : veau à deux têtes, mouton à cinq pattes, femme à barbe, elephant man etc. Les medias sont des marchands de soupe et toutes les soupes qui rapportent sont de bonnes soupes. Les gens aiment le sang, le sordide, la crapulerie, ça leur rappelle les romans policiers, alors on en sert, le plus juteux possible, et on en rajoute. Et puis il faut bien meubler, maintenant que Sarko fait moins le pitre… Et pendant ce temps-là au moins, les gaucho-anarcho-soixanthuitards ne feront chier les honnêtes gens avec de mesquines râleries sur les salaires, les retraites, les stock-options, le coût de la vie et autres niaiseries misérabilistes…

  2. Marcel says:

    A propos de medias, On nous a bassinés avec d’interminables discours larmoyants sur Ingrid Bettencourt, et qu’elle agonise et que le monde entier se mobilise et nin nin nin… Et puis d’un coup plus rien ! Cher public des télés, radios, journaux et internet, tu n’as pas l’impression qu’on te prend pour la moitié d’une sous-merde demeurée ?

  3. lafleur says:

    Saisissez votre commentaire ici
    je me demandais aussi ce qu’était devenue Ingrid Bettencourt . Mais il y a longtemps que j’ai compris que le suivi ne fait pas partie des qualités de l’audiovisuel..

    et quant au prédateur sexuel : le mot s’applique tout à fait à un gars qui cherche les belles demoiselles en taxi dans l’optique de les violer …non ? …mais c’est vrai que j’ai un point de vue de proie potentielle : je suis une femme …
    vous êtes vous jamais demandé ce que ressentaient les femmes qui ne peuvent sortir le soir par peur de se faire agresser ? et à qui on va reprocher d’être sorties le soir d’ailleurs …… En ce qui me concerne l’expression « prédateur sexuel  » me semble refléter une réalité.
    Qu’ils soient ou non des monstres est un autre problème.

  4. Frédéric says:

    Mme Lafleur,

    Mon propos n’était certainement pas de minimiser les actes de ces « prédateurs sexuels ». Je voulais simplement souligner que cette dénomination correspond à une conception politique du criminel ou du déviant : il s’agit de dire que c’est quelqu’un de différent, d’étranger à ce que nous sommes. Je ne suis pas d’accord avec cette conception, parce que je pense que nous sommes tous des meurtriers en puissance, mais que notre éducation, notre vie et notre expérience nous ont permis de rester dans la norme. Mais c’est tellement plus simple de dire « c’est un monstre, éliminons-le », plutôt que de se poser des questions plus angoissantes, du type : « notre société a-t-elle une part de responsabilité dans ces comportements ? » ou bien « dans certaines circonstances, si je n’avais pas eu des parents qui m’ont donné toutes les chances pour réussir dans la vie, est ce que j’aurais pu devenir moi aussi un prédateur ? »

  5. Paul (Pau) says:

    Vous avez raison, Mme Lafleur, mais le risque de tomber sur un agresseur a malheureusement toujours existé et je ne suis pas certain que ça empêche grand monde de sortir le soir. Le problème c’est lorsque ça devient un reportage bien saignant, bien indignant pour voyeurs bas du front et quand on en fait de la téléréalité qui passionne artificiellement des foules qui n’en ont rien à foutre des problèmes de notre société et du monde. Les injustices criantes ? L’Irak ? Le Darfour ? Le réchauffement climatique ? Le décervelage systématique par la télé et certains jeux video ? Les SDF ? Et j’en oublie des tonnes ! Mais tout ça n’est rien dans un journal quand on peut se mettre un bon crime crapuleux sous la dent…
    Je ne dis pas que les agressions sexuelles sont sans importanc, mais leur instrumentalisation médiatique est obscène.

  6. Popaul says:

    Paul (Pot), si tu permets que je te tutoie. La question n’est pas là !evidemment que le français moyen est plus interpelé par un viol que par une situation politique plus complexe. mais ce que souligne l’article, c’est que certains termes en disent long sur les fondements politiques de ceux qui les utilisent. les media soutiennent-ils sarkozy sans le savoir ?

  7. Paul (Pau) says:

    Mais, mon cher monsieur Popaul, je suis tout à fait d’accord, et avec l’article et avec toi. Si je donne l’impression de ne pas l’être, c’est que je me suis mal exprimé. C’était juste un autre aspect de la question que je mettais en avant parce que, ne nous leurrons pas, la vision politique sarkozienne qui infecte les medias cherche aussi bien à imposer une idéologie malodorante qu’à détourner l’attention des vrais problèmes et des vrais soucis des gens. Les deux sont complémentaires. C’est exactement comme sur les télés italiennes ! Il y a ou des jeux idiots avec des bimbos à poil et du fait divers crapoteux ou des infos qui expliquent gravement que les hommes d’affaires sont les fers de lance de la nation et les juges qui les asticotent de dangereux malades mentaux. La même idéologie nauséabonde, le même recours au bouc émissaire, à l’ »axe du mal » et autres fariboles qui suggèrent l’élimination radicale des vilains-pas-beaux… Berluskozy est au pouvoir !

  8. Kieser says:

    Bonjour à l’auteur,
    vous dites : « Qu’est ce qu’un prédateur ? C’est un animal qui se nourrit d’autres animaux. La notion de « prédateur sexuel » constitue donc une analogie très claire entre l’individu coupable de crimes sexuels et la bête assoiffée … »
    Si vous faites référence à l’usage de la langue, commencez par le faire vous-même. En effet, le terme prédateur est associé depuis des lustres à l’espèce humaine pour qualifier une catégorie spécifique : celle des chasseurs pêcheurs. Pêcheurs, l’humanité l’est encore et n’est pas sortie de la préhistoire. Concernant les criminels pédosexuels, il s’agit bien de « prédateurs ». Oui, leur modus operandi les classe parmi les chasseurs qui guettent et observent leur proie.

    Vous allez bien vite d’une erreur de vocabulaire, que vous auriez pu éviter en jetant un regard rapide sur un dictionnaire, à votre développement sur les monstres.

    Et comme le dit lafleur, vous n’avez jamais été dans la peau d’une femme.

    Que vous cherchiez à développer un propos sur le caractère monstrueux, donc hors humanité, est une chose qui méritait un peu plus que ce raccourci.

    Enfin, pour terminer s’il y a dans l’espèce humaine des caractéristiques qui la distinguent des bêtes, il n’en demeure pas moins qu’elle est aussi faite à 98 % de bestialité…
    Kieser

  9. Frédéric says:

    @ Kieser

    Merci pour la leçon de linguistique et de zoologie, mais je pense que le débat n’est pas là !
    Si on parle de politique (et c’était l’intention de mon texte), l’emploi des mots n’est jamais innocent. Quand l’auditeur radio lambda entend « prédateur », il ne pense pas immédiatement à « homme des cavernes ». Etant plus modestement cultivé que vous, il assimile ce terme à celui de bête sauvage… enfin, c’est ce que je pense.

    Frédéric

  10. Alain Rey says:

    Il est clair que Sarkozy et tous ceux qui blablatent dans les radios et les télés sont aussi fins linguistes que des primates cavernicoles. C’est leur faire beaucoup d’honneur que de prêter une pensée et un vocabulaire rigoureux à des moulineurs de pseudo-pensée qui vendent de l’espace de cerveau disponible. Ce qui est peut-être linguistiquement non pertinent l’est parfaitement sur le plan idéologique et Frédéric a raison : les mots et leurs connotations ne sont jamais innocents et il y en a même qui puent très fort.

  11. So. says:

    Vacances?

  12. Frédéric says:

    Oui, en quelque sorte.
    Interrogations stratégiques, prises de recul pour mieux redémarrer ensuite !

    à bientôt,

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