Nicolas Sarkozy va-t-il rétablir la peine de mort ?


Société

L’abolition de la peine de mort en France pourrait-elle être prochainement remise en question par Nicolas Sarkozy ?

article_sgebji99080507191337photo00photodefault-365×512.jpgCet homme, depuis des années, affirme se placer du côté des victimes. « Notre priorité, c’est de donner la priorité aux victimes », déclarait-il en novembre 2006. Cette approche donne un sens très particulier à la notion de justice, et au rôle qu’elle doit jouer dans la société. En France, depuis la Déclaration des Droits de l’Homme, la fonction première de la justice est d’assurer le respect du droit par tous et de sanctionner les infractions à la loi.

Se placer du côté des victimes, c’est se placer sur le registre de l’émotion et du bon sens : « Vous aimeriez vous faire agresser dans la rue ? Vous aimeriez que votre enfant se fasse violer ? », etc. Je suis victime d’un acte violent, il est donc normal que je fasse subir le même préjudice à mon agresseur. Donner ce rôle à la justice, c’est tout simplement légaliser une forme de vengeance (comme une variante « civilisée » de la loi du Talion).

L’autre facette de cette vision sarkozienne de la justice, Sarkozy l’avait évoquée avec le philosophe Michel Onfray en avril 2007 : on naît pédophile ou suicidaire. Le prolongement de cette croyance (on naît naturellement mauvais ou déviant, c’est une donnée génétique, et la société n’y est pour rien), c’est la loi Dati sur la rétention de sûreté.

2007-09-03t181345z_01_nootr_rtridsp_2_ofrtp-france-justice-dati-20070903.jpgDonner la possibilité d’enfermer à vie des individus pour des actes qu’ils n’ont pas encore commis, c’est décréter (sur quelle base ?) qu’ils sont et seront, quoi qu’il arrive, dangereux pour la société. C’est nier la responsabilité individuelle (et donc la présomption d’innocence), et considérer qu’il y a des individus que l’on peut éliminer définitivement de la société pour ce qu’ils sont (et non pour ce qu’ils ont fait).

Se placer systématiquement du côté des victimes, c’est en arriver à tout justifier au nom de la souffrance ressentie (d’ailleurs, Nadine Morano n’a pas hésité à traiter de « défenseurs des assassins » ceux qui s’opposaient à la rétention de sûreté).

La loi sur la rétention de sûreté, c’est l’élimination symbolique du délinquant (puisqu’il est placé hors de la société à vie, sans possibilité de recours).

Quelle sera la prochaine étape ? A mon sens, la suite logique de ce raisonnement, c’est le rétablissement de la peine de mort.

Fred

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Commentaires des lecteurs

Deux remarques:

- la première c’est que dire “Je suis victime d’un acte violent, il est donc normal que je fasse subir le même préjudice à mon agresseur” est un raccourci inexact,

- la seconde c’est que la question posée par l’article sur la rétention de sûreté est difficile: les français y sont favorables mais, me semble-t-il, la question n’a été présentée et abordée que sous son aspect “social et émotionnel”, ce que souligne justement l’article: comment protéger les victimes. Or le sujet est autrement plus vaste et pose deux autres questions, tout à fait essentielles, probablement plus importantes mêmes: celle juridique concernant notre droit, avec une condamnation sur un crime “possible” et non plus sur un crime commis; et celle médicale: quelle force a l’avis médical, en l’occurence le psychiatre, par rapport au droit: cet avis médical doit-il etre un avis conforme ou un avis simple pour le juge ? Question délicate…

Trois dernières choses (désolé d’être long):
1- choquante la demande du Président au Président de la Cour de Cassation de “faire des propositions”: cela avait assurément un aspect plus politique que juridique,
2- rassurant, le fonctionnement de nos institutions avec un Conseil Constitutionnel qui valide certes le principe (ce qui fait en soir débat) mais qui restreint aussi le champ d’application (pas de rétroactivité) et qui est pleinement dans son rôle de gardien de nos principes constitutionnels (donc pas de craintes pour la peine de mort Fred);
3- la loi ne concerne que des actes particulièrement odieux (meurtre, actes de barbarie, séquestration…) il faut le rappeler même si cela n’enlève rien à la question de fond

La question est vaste et grave. Ses aspects philosophiques et juridiques sont très complexes, mais son aspect politique est également très inquiétant : n’assiste-t-on pas en fait à une poutinisation du président, à la fois dans ses principes et dans ses pratiques ? Loi du plus fort, forcing médiatique, autoritarisme, retour aux valeurs religieuses, règne de l’argent etc. : est-ce qu’on n’est pas en train de passer du star-system au tsar-system ?

Des conneries tout ça François

Sarko il va faire le ménage dans les cité et si il faut la rétablir la paine de mort pour que l’ordre reviene, pourquoi pas ?

Roger, tu seras sûrement d’accord pour dire que la meilleure lutte contre la délinquance, ce n’est pas la peine de mort mais l’éducation et l’instruction. Savoir exprimer clairement et correctement ses idées est le meilleur rempart contre la violence. Comme disait le père Hugo : chaque fois que vous ouvrez une école vous fermez une prison !