Finances mondiales : quand le poulet sans tête pète les plombs


Société

hesiod.jpgLa crise des subprimes qui secoue actuellement le monde de la finance (et, bientôt, celui de la « vraie » économie) est bien le signe d’un système profondément absurde. Un immense poulet sans tête brusquement pris de panique.

Cette crise met en évidence la fuite en avant dans laquelle l’économie américaine est engagée. La consommation des ménages étant le charbon qui fait avancer la locomotive, on pousse par tous les moyens les consommateurs américains à acheter, emprunter, s’endetter pour soutenir la hausse du PIB. La machine est devenue folle : les USA n’ont plus d’industrie et voient leurs déficits commerciaux se creuser de manière abyssale pour satisfaire la fièvre acheteuse de leurs citoyens-consommateurs, eux-mêmes endettés jusqu’au cou (d’où la crise des subprimes). Au lieu de s’interroger sur les évidentes limites du système, Bush a prévu d’offrir 40 milliards de dollars à ses administrés, leur demandant de les dépenser au plus vite pour relancer le moteur… jusqu’à la prochaine crise.

tradertop.jpgEnsuite, la panique qui s’empare progressivement des acteurs de la finance internationale, peu à peu conscients de l’ampleur des crédits frelatés (comme le cuisinier découvrant des kilos de viande pourrie dans son frigo), fait froid dans le dos. On évoque des sommes faramineuses, manipulées quotidiennement par des acteurs pour qui elles n’ont aucune signification concrète. Le sort de milliards de dollars est suspendu à la subite volonté de vendre ou d’acheter de quelques individus. Avec des répercussions collossales pour les économies, les systèmes de retraites, les emplois. Et dans tout ça, où est le contrôle du politique ? Nulle part. Chacun attend fiévreusement que le système s’autorégule.

S’il y en a bien un que ça n’inquiète pas, c’est Sarkozy. Il nous explique qu’il s’agit d’une crise strictement américaine, qu’on ne risque rien en France (ben voyons), et que de toute façon son paquet fiscal a préventivement limité les dégâts potentiels sur l’économie française. Ouf, on commençait à s’inquiéter.

Le mot de la fin pour Philippe Dessertine, professeur de finances à l’université Paris X, interviewé dans le JDD : « Nos politiques se confondent en déclarations rassurantes. Selon eux, sarkozy1177912073.jpgl’économie européenne serait encore décorrélée de l’économie américaine. La réalité est tout autre. Nous allons vers des problèmes économiques majeurs. Je pense que l’Asie va commencer à décrocher en mars-avril et l’Europe vers mai-juin. A Wall Street, l’hypothèse d’une crise de type 29 est dans tous les esprits, tout le monde est catastrophé. On a commencé à licencier et des pans entiers de l’industrie sont en train de disparaître. Face à cette réalité, l’optimisme français est totalement décalé. Il n’y a qu’un espoir, c’est que les surplus commerciaux et d’épargne des pays émergents se déversent dans nos économies ».

Les riches du Nord sauvés de la déroute par les pauvres du Sud ? Voilà qui froisserait probablement l’ego de Sarkozy.

Fred

Information et liens

Rejoignez le groupe en commentant, traquant ce que les autres ont à dire, ou en pointant depuis votre blog.


Autres posts
Quand Attali nous libère de nos chaînes
Jérôme Kerviel : coupable ou dindon de la farce ?

Ecrivez un commentaire

Prenez un moment pour commenter et nous dire ce que vous pensez. Quelques commandes basic de formatage HTML sont permises.

Commentaires des lecteurs

Sur la forme:
Philippe Dessertine il fait de la “prophétie rétrosepctive”, grande pratique très à la mode.

On prophétise le pire ou en tout cas des scénarii bien noirs et après, 2 choses:
- si ça n’arrive pas, tout le monde a de toute façon oublié donc ça ne mange pas de pain,
- si ça arrive, le gars fait des bonds et criant “je vous l’avais bien dit, je vous l’avais bien dit !” et fait également le tour des plateaux télé.

Sur le fond: tout à fait d’accord avc l’article même si Fred, ton entettement à vouloir critiquer Sarkozy fait que parfois, tu tires un peun par les cheveux :-)

C’est moi qui m’entête, ou c’est lui qui s’acharne à dire des conneries ? Sa réaction à la crise des subprimes a été puérile, prétentieuse et stupide.

article brillant, comme souvent : BRAVO !

on a bien là la description d’une perpétuelle fuite an avant, au sein de laquelle les politiques nationaux se distinguent par :
- leur laisser-faire (la crise des subprimes date au minimum de l’été dernier : où sont les mesures préventives ?)
- leur mesquinerie (le TEPA comme amortisseur de la crise ? non mais on croit rêver, là : ces mesures ne sont même pas fichues d’inciter les gens à acheter, alors que c’était leur objectif premier !!!)

rien de nouveau sous le soleil, mais bon, ça fait quand même… de constater pareille impuissance.

en revanche, je rejoins François sur les prophètes boursiers : ça n’est pas de ça dont on a besoin, mais d’amorces de vraies réponses à cette crise…

@ François
excusez moi, mais ce que dit dessertine, c’est que les choses sont graves et qu’il ne faut pas relativiser en disant que c’est juste un problème américain. C’est bien français ça, de se croire à l’abri des problèmes des autres !

cordialement

Rien de nouveau sous le soleil : Cassandre s’est toujours fait taper sur la gueule et ça continue, mais c’est tellement plus reposant que de regarder les choses en face ! Le sarko comme d’hab nous prend pour des bouses et Frédéric a raison de le rappeler. Et on attend toujours un vrai politique digne de ce nom, quelqu’un qui arrêtera enfin de se cacher derrière le petit doigt de sa logique d’appareil ou de la com médiatique pour poser les problèmes sur la table, dans leur vraie dimension, sans nous bassiner avec son ego ou ses mesquineries, quelqu’un qui enfin ! aurait une haute idée de la politique et des citoyens.

Je vote 5 étoiles à cet article rien que pour la photo illustrant le trader !!!

MAIS QUEL GROS BLAIREAU !