Nicolas le prestidigitateur (1) : “travailler plus pour gagner plus” : TAA-DAAA !


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3816249313.jpeg“PRESTIDIGITATEUR : artiste qui, par des manipulations, des truquages, produit des illusions, en faisant disparaître, apparaître, changer de place ou d’aspect certains objets. Synon. escamoteur, illusionniste, manipulateur. Formé à partir de l’italien presto “rapide” et du latin digitus «doigt»”. L’artiste, c’est Nicolas Sarkozy, qui s’agite de façon fébrile et saccadée pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En permanence.

Un exemple, et pas des moindres : le fameux “travailler plus pour gagner plus”.

Dans un article paru dans le très sérieux Alternatives économiques, un économiste - non moins sérieux - nous rappelle que la richesse d’un pays tient à la conjugaison de 2 facteurs, l’un sans l’autre n’ayant pas ou peu d’effet :
- la quantité de travail, résultant du nombre de personnes au travail (”travailler tous”) et des heures que chacune d’entre elles effectue (”travailler plus”) ;
- la qualité de ce travail, mesurée par la productivité (”travailler mieux”), qui constitue LA valeur-ajoutée des pays développés dans le cadre de la concurrence internationale.
3349132179.jpegAu risque de rappeler des évidences, “on” nous endort en assurant que c’est en travaillant plus que la France améliorera sa situation économique.
En effet, prenons les comparaisons internationales que Nicolas et son public affectionnent tant…
Les pays de l’OCDE parmi ceux travaillant le plus ? Corée du Sud (2 300 h par personne et par an), Turquie (2 100 h), Pologne (2 000 h), Mexique (1 900 h)… Leur PIB par habitant ? Respectivement 15 000 $, 5 000 $, 10 000 $ et 7 000 $…
Les pays de l’OCDE parmi ceux travaillant le moins ? Pays-Bas (1 300 h), Norvège (1 400 h), Allemagne (1 400 h), Danemark (1 600 h)… Leur PIB par habitant ? Respectivement 26 000 $, 36 000 $, 23 000 $, et 27 000 $… Rappel : en France, c’est 1 500 h par personne et par an, pour un PIB de 22 000 $.
Comment expliquer ce pseudo-paradoxe ? Ces pays de fainéants ont tout bonnement fait le pari qu’il valait mieux qu’un maximum de gens travaille, quitte à ce que chacun d’entre eux travaille moins d’heures. En outre, ils travaillent dans de meilleures conditions, ce qui améliore leur productivité. C’est plutôt bien pensé : en effet, qui retrouve-t-on en tête des pays de l’OCDE ayant les plus forts taux d’emploi ? Norvège, Danemark et Pays-Bas ! TAA-DAAA ! Des pays de gros travailleurs comme la Turquie, la Pologne et le Mexique sont quant à eux en queue de peloton…
Conclusion : il n’est pas question de travailler moins, mais s’agiter pour augmenter le temps de travail n’est qu’un rideau de fumée. Il serait plus efficace (mais sans doute plus difficile pour Nicolas et sa clique, faute de bouc-émissaire…) de se fixer comme objectif le “travailler tous” plutôt que le “travailler plus”…

Doit-on donc attribuer à un éclair de lucidité les récentes annonces du Gouvernement, consistant à laisser négocier les entreprises pour qu’elles déterminent elles-mêmes la durée légale du travail ?
De fait, malgré les dénégations embarrassées de notre acrobate de service, outre le joyeux bazar que cela ne manquerait pas de susciter dans les organisations du travail, cela amènerait chaque entreprise à fixer elle-même SA durée légale du travail. Ce qui poserait quand même (au moins) 2 problèmes :
- vu le taux de syndicalisation français, on peut légitimement penser que les employeurs seraient en position de force pour imposer leurs préférences…
- étant donné qu’un employeur n’a aucun intérêt à payer des heures supplémentaires, il y a fort à parier que ces durées légales seraient élevées, retardant d’autant le déclenchement des heures supplémentaires !
On en arriverait donc, au terme de ces tours de passe-passe, au spectacle donné par ce Gouvernement schizophrène qui, d’un côté, nous incite à gagner plus en faisant des heures supp (en tout cas, si l’on veut augmenter notre pouvoir d’achat, rien d’autre ne nous est proposé…), mais dans le même temps rend le recours à ces mêmes heures supp de plus en plus difficile !
111494662.jpegAlors, éclair de lucidité, cette volte-face ? Non. Cela traduit simplement le manque de cohérence d’une action entreprise dans la précipitation, sans pertinence ni réflexion. De l’idéologie à l’état brut…

Nicolas et sa troupe espèrent que vous appréciez le spectacle… Rideau.

David

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Commentaires des lecteurs

Je ne crois ni à de l’improvisation ni à de l’inconséquence. Nous avons là probablement une stratégie mûrement réfléchie visant à la fois à appliquer le programme ultra-libéral de M.Sarkozy et à enrober son application méthodique dans une apparence d’ajustements liés aux circonstances ou à la concertation. Les Français commencent d’ailleurs à voir clair dans ce petit jeu, les derniers sondages le prouvent.
En tous cas bravo pour votre blog ! Continuez à remuer les idées !

Bravo pour cette démonstration, David.
J’ajouerais que la dérégulation actuelle des règles du marché du travail risque fort de conduire à une baisse du pouvoir d’achat. En effet, Sarkozy veut que chaque salarié se retrouve face à son employeur pour négocier son temps de travail, sa rémunération, etc. Comment imaginer que cela conduira à une hausse des rémunérations ? Les règles du marché du travail, les conventions collectives sont autant de garanties pour les salariés… garanties que l’on démantèle petit à petit au nom de la flexibilité.

tout ça est d’autant plus choquant que pour seule “solution” au manque de pouvoir d’achat que sarko lui-même a mis sur le devant de la scène, le gouvernement ne propose que le “travailler” plus.

et c’est là que ce que tu dis prend tout son sens, Fred : seul face à son employeur, de quels leviers dispose véritablement le salarié ?

quant à la méthode, je suis d’accord avec toi, Manuel : tout n’est que stratégie et communication dans cette histoire, arko employant une technique bien rôdée qu’il utlisait déjà lors de ses premières prises de responsabilité (artcle à venir)…