Comment Bayrou m’a (presque) tuer
Palais de sports de Gerland, Lyon, 21h30. Le meeting de François Bayrou vient de s’achever ce lundi soir : ma tête bourdonne, je vois du orange partout et la salle est une vraie fournaise (heureusement, pas trop de relents de merguez : pas vraiment le genre de la maison…). Pour couronner le tout, un centriste fanatique claironne une marseillaise tonitruante dans mes oreilles ! Je m’engouffre dans les escaliers lorsqu’une mélodie improbable commence à emplir la salle. L’occasion d’une dernière petite anecdote croustillante, sur les goûts de François le mélomane ? Je tourne les talons pour me diriger vers la première porte qui se présente, descends quelques marches, colle ma trombine au hublot le plus proche et tends l’oreille…
… juste le temps pour moi de voir François bondir de la scène (leste, le bougre !)… DANS MA DIRECTION !, visiblement pressé de quitter la salle. Le Béarnais, toutes voiles dehors (ou s’agissait-il de ses oreilles ?) débaroule vers moi, et je n’ai que le temps de faire un pas de côté avant qu’il ne m’aplatisse contre le mur en ouvrant la porte à la volée. Reprenant mon souffle, alors qu’un molosse de la sécurité s’approche menaçant, j’ai une pensée émue pour ce jeune impudent à qui jadis François administra une magistrale baffe. Parce que François, il a de la poigne !
Ce ne sont pas les 2 pasionarias écologistes de l’assemblée qui diront le contraire : interpellant François au beau milieu du meeting, en faisant tournoyer une banderole jaune anti-EPR du plus bel effet, elles ont été éconduites manu militari…
François est gentil
Et pourtant, François est un gentil garçon. Il brocarde Ségolène et Nicolas, mais s’empresse de faire cesser les sifflets à leur encontre… Mention spéciale à Sarko : oui pour aller chercher les électeurs du FN, mais pour les convaincre et non pour leur donner raison. A bon entendeur…
François est aussi sérieux…
D’ailleurs, l’éducation, c’est sa marotte, la “priorité des priorités” avec la recherche : savoir lire et écrire avant la 6ème ; mieux orienter les jeunes vers les filières véritablement pourvoyeuses d’emploi ; faciliter l’accès aux grandes écoles pour tout lycéen, d’où qu’il vienne…
Arrivent ensuite l’Union européenne, clairement et intelligemment remise au coeur de la campagne, puis l’égalité des chances “réelle” (et Azouz Begag, au premier rang, d’applaudir à tout rompre !).
Cerise sur le gâteau ? La “société de l’humanisme”, une conception en vertu de laquelle chacun a droit à “1, 2 ou 3 chances” de saisir l’ascenseur social pour s’accomplir pleinement.
Un discours de gauche, clairement. Et pour le faire vivre ? Un 1er ministre de centre-gauche, évidemment !
… tout en sachant rester léger
En revanche, s’il y en a une qui fait une tête d’enterrement, c’est bien Corinne (Lepage), elle aussi en première ligne. Pas un mot, pas un traître mot sur l’environnement : ni économies d’énergie dans les transports ou la construction, ni recours aux énergies renouvelables, l’impasse totale sur le carburant au colza ou l’alcool de betterave. Rien. Nicolas Hulot peut attaquer la rédaction de son Pacte Nécrologique…
Itou concernant le chômage (priorité n°1 pour 71% des Français), le temps de travail, le logement, le pouvoir d’achat ou bien encore les retraites !
Dire que cet acrobate a failli m’encadrer dans la porte !
Bon, je sais bien qu’un meeting n’est pas le lieu le plus approprié pour débiter un catalogue de propositions, et que l’on ne juge pas de la qualité d’un projet à la lueur (fût-elle vacillante) d’un seul discours. Certes. Mais enfin, il a beau être gentil, ça fait quand même beaucoup pour un seul homme, non ?
Mais avant tout, François y croit !
Pas grave, puisque l’essentiel n’est pas là. Disons-le tout net : le discours est plutôt bon, illustré de propositions concrètes, le public réceptif, le tout pendant 2 heures, sans notes et avec ferveur. Rien à dire, François fait le boulot. Mais si son programme s’avère parfois intéressant, son projet repose avant tout sur 2 idées simples.
1/ C’est la guerre de tranchées depuis 25 ans, en vertu de quoi la Droite détricote consciencieusement ce qui est mis en place par la Gauche (et inversement). “J’y mettrai un terme, en faisant travailler ensemble toutes les bonnes volontés”.
2/ “Qui est le mieux placé pour battre Nicolas Sarkozy ?” Et la foule de répondre en choeur : “François Bayrou !!!”
LA QUESTION EST DONC POSEE : voterez-vous pour François parce qu’il est bon, ou parce qu’il mettra une tête au (vilain) petit Nicolas ?
David


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Tu poses dans ton article LA question: pourquoi vote-on pour François Bayrou ?
Sa campagne est un habile mélange de positionnement politique “de rupture” agrémenté de quelques propositions, sinon bonnes, du moins claires pour tout le monde.
Mais demeure une question fondamentale: avec quelle majorité gouvernerait-il ?
L’hypothèse d’un Président nouvellement élu mais sans majorité au Parlement est-elle envisageable ? A mon sens oui, car rien ne garanti un raz de marée UDF aux législatives.
Cela inaugurerait une nouvelle forme de cohabitation qu’on pourrait définir comme tripartite: un président d’un bord et une assemblée nationale toujours divisée en deux camps, voire trois camps (PS, UMP, UDF).
Peut-on gouverner,dans ces conditions, voilà la question qu’on peut se poser et qu’il faut se poser.