Proportionnelle: détestable polémique
Le 13 avril dernier, Brice Hortefeux, ministre du gouvernement Villepin et surtout ami de 30 ans de Nicolas Sarkozy a jeté un pavé dans la mare à l’occasion d’une interview dans le Figaro: il ne serait pas contre l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives… de 2012.
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Le scrutin proportionnel c’est quoi ?
C’est d’abord un sujet qui cristallise les politiques et l’électorat. Normal, on touche à notre bulletin de vote et à la représentativité de nos chambres, l’Assemblée Nationale essentiellement. Pour des explications sur le mode de scrutin, voir ici.
Le sujet est hyper sensible car tout le monde a à y perdre, ou y gagner.
Les petits partis politiques la désirent ardamment pour, enfin, être représentés. Les gros partis ont des stratégies différentes.
Au Parti Socialiste, convaincus que le mécano de la gauche plurielle avec le Parti Communiste et les Verts peut fonctionner de nouveau, on y est favorable pour un certain nombre de sièges.
A l’UMP en revanche, on est pas trop pour pour deux raisons : la frange gaulliste souhaite, dans l’esprit de la constitution, un parlement qui soutient et vote les lois proposées par l’exécutif. La seconde c’est que la droite, depuis la création de l’UMP, n’a pas d’alliés aussi dociles qu’à gauche : le Front National comme l’UDF sont devenus des partis d’oppostion.
L’hystérie collective vient aussi du fait que, en 1986, François Mitterrand alors Président de la République l’a jetée dans les pattes de la droite et de Jacques Chirac, avec pour conséquence l’arrivé d’une dizaine de députés du Front National au Palais Bourbon. Ca a marqué les esprits…
La proportionnelle dans les programmes
Rien dans le programme de l’UMP, ce sujet n’est pas d’actualité. D’ailleurs, l’UMP a fermement rappelé Hortefeux sur ce sujet en indiquant que sa proposition n’est « qu’une réflexion personnelle. Elle n’engage en aucune façon le candidat Nicolas Sarkozy ».
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Le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal propose « d’introduire une part de proportionnelle » pour l’élection des députés (proposition n° 70) ; environ 60-80 sièges seraient concernés.
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L’UDF de François Bayrou va beaucoup plus loin, et pense à près de la moitié des sièges de l’Assemblée Nationale.
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Les Verts de Dominique Voynet souhaitent « élire à la proportionnelle les députés à l’Assemblée Nationale pour que l’ensemble des courants d’opinion sient représentés ».
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Les réactions
Pour ne citer que les plus marquantes, Ségolène Royal a parlé de “clin d’oeil au Front National” tout en ajoutant qu’elle ne souhaitait pas “instrumentaliser des tactiques politiciennes“.
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François Bayrou a quant à lui évoqué « les dérapages contrôlés et multipliés » de Nicolas Sarkozy pour « se rapprocher du Front national ». Dommage car auparavant, il avait eu la lucidité de dire que « J’ai toujours combattu les idées de l’extrême droite et de l’extrême gauche, mais je préfère combattre des idées, à visage découvert, à l’Assemblée nationale, plutôt que de les voir progresser à bas bruit dans la frustration de la représentation, et la facilité du silence ».
Au-delà des représentants politiques, la petite trainée de poudre dans la blogosphère rassure et montre que, finalement, la politique politcienne n’est pas contagieuse, ou peu sur la toile (désolés on a nous cédé à la tentation…): il y a les choqués, les blasés et les autres.
La bonne et la mauvaise proportionnelle
A entendre tous ceux qui critiquent la proposition de Brice Hortefeux, on croirait presque qu’il existe deux proportionnelles : la bonne qui permettrait à leur parti et à leurs alliés d’avoir des sièges au Parlement, et puis la mauvaise, celle qui permettrait au Front National d’avoir des députés.
Incompréhensible raisonnement, intolérable même, à la limite du déni de démocratie. Vison partisane et morale qui ne fait que renforcer les électeurs de Jean-Marie Le Pen dans leurs convictions que décidément, les partis ne sont pas à la hauteur.
En réalité, on assiste à une interprétation politicienne du scrutin proportionnel qui est inadmissible : affichée comme un levier démocratique, les candidats qui y sont favorables tombent les masques et montrent bien qu’il ne s’agit pour eux que de basse cuisine électoraliste; on agite le chiffon rouge du FN !
Dommage oui, car cette question aurait elle aussi pu permettre de recréer un débat intéressant et constructif entre les représentants politiques et les électeurs; énième occasion manquée… Leur réaction déplorable à un sujet aussi important ne fait que confirmer cet amer constat : la cinquième République n’est pas malade de sa constitution, elle est malade de ses représentants.
Un ami me dit souvent qu’il faut supprimer les partis ; quand je vois le niveau zéro de réaction, je me dis qu’il n’a pas totalement tort…
Esprit de la 5eme, où es-tu !
François


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