Pas moins de 7 propositions de son Pacte Présidentiel concernent directement l’emploi. A les lire, on constate que deux principes structurent le programme.

La «modularité »

sego-pupitre.jpg Tous les leviers de l’Etat seront mis en œuvre pour encourager les entreprises « vertueuses en matière d’emploi » et décourager les entreprises qui ne le sont pas.
Ainsi, pour l’entreprise qui dégage des profits « subtantiels », les aides publiques seraient alors conditionnées à un engagement de ne pas licencier et à un remboursement en cas de délocalisation (mesure n° 14).
Le même principe s’appliquera pour les aides aux entreprises et les exonérations de cotisatons sociales en fonction des contrats de travail utilisés ; comprenez, le CDI.

Elle prône donc le cas par cas, la dentelle.

Pourtant, à écouter les organisations patronales, il faudrait surtout une baisse globale et pérenne des charges pour relancer l’emploi.

Ainsi, Laurence Parisot (MEDEF) affirme dans une lettre ouverte à la candidate que « Nous n’avons pas besoin de compassion pour réussir. La seule mesure vraiment efficace, c’est la baisse des charges sociales. C’est en effet le seul moyen de ramener le coût du travail à un niveau plus compétitif par rapport à la concurrence internationale ».

La CGPME évoque ce point dans sa 4eme des 15 questions aux candidats, ce à quoi la candidate PS a répondu que « sa proposition de modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction du taux de réinvestissement des bénéfices favorisera de facto les PME qui privilégient l’emploi et l’investissement ».

Enfin à l’UPA (artisans), 1ere entreprise de France, indique dans son livre blanc que  » tous les rapports le disent, les allègements de charges créent de l’emploi » et qu’il faut « amplifier la politique d’allégements généraux de charges patronales sur les salaires pour développer l’emploi ».

La candidate socialiste, qui assure pourtant vouloir« revivifier le dialogue social » n’apporte pas de réponse à cette demande pourtant unanime de toutes les organisations professionnelles.

Tout aussi surprenant, le programme de Ségolène Royal se focalise sur les aides publiques accordées alors que cela semble être un être un point mesure, voire négligeable, pour les représentants des entreprises…

« L’accompagnement »

aide.jpg La candidate socialiste veut « Sécuriser le parcours des jeunes créateurs en soutenant la création d’entreprises (simplifications), en généralisant les ateliers de la création dans toutes les régions, en améliorant la protection sociale des entrepreneurs… ». Sur le papier c’est intéressant mais ne pourrait-on pas dépasser le stade de la déclaration d’intention et rentrer dans le détail, dans la emsure concrète ? Une seule, symbolique, donnerait déjà plus de crédibilité au discours ! (point n°5)

club_emploi2.jpg  Ensuite, Ségolène Royal sort l’artillerie lourde de l’Etat, des droits et des services publics (sans jamais évoquer à aucun moment le financement de ces mesures) pour nous proposer, en rafale (mesures 17 à 20 du Pacte Présidentiel) :
- « Créer le droit au premier emploi des jeunes, pour qu’aucun jeune ne reste au chômage au-delà de six mois sans avoir un accès à une formation, un emploi aidé ou un tutorat rémunérés,
-  Ouvrir 500 000 emplois tremplins aux jeunes, en généralisant la mesure prise par les régions de gauche
(certains comme Roger Karoutchi semblent dubitatifs, voir son livre noir)
- Instaurer un plan à taux zéro de 10 000 euros en faveur de chaque jeune pour l’aider à construire un projet, (un plan, un prêt ; pour financer quoi ?)
- Mettre en place un revenu de solidarité active (RSA) permettant l’amélioration d’un tiers de ses ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux reprenant le travail (là aussi on retrouve du Bayrou…)
Renforcer la qualification et la capacité de revenir à l’emploi des salariés menacés de licenciement : mettre en œuvre systématiquement une démarche de validation des acquis de l’expérience professionnelle et reconnaître à chacun un droit à la formation et à la reconversion inversement proportionnel à la durée des études,
Mettre en place une sécurité sociale professionnelle garantie par l’Etat et permettant à chaque personne privée d’emploi de se voir proposer par les pouvoirs publics un contrat de droits et devoirs comportant une rémunération, pendant un an, égale à 90 % du dernier salaire net perçu, une formation qualifiante, une aide personnalisée à la recherche d’emploi. Cette prestation sera assurée par le service public de l’emploi
».

N’en jetez plus ! Mais bon sang pourquoi n’y avons-nous pas pensé plus tôt !

Mesures diverses

forum-entreprise.jpg Ségolène Royal ne parle pas de Small Business Act comme François Bayrou mais propose exactement la même chose puisqu’elle veut réserver aux PME une part des marchés publics (proposition n°3, la fameuse réserve indienne); on sait pourtant que cela fait débat, notamment sur ce blog là (article du 1er avril).

Et la superbe mesure catalogue pour terminer, la n°6 du pacte présidentiel : « Réformer l’Etat : un euro dépensé doit être un euro utile. Une décentralisation aboutie. Des services publics de qualité présents sur tout le territoire et accessibles par Internet. La généralisation des logiciels libres dans l’administration ». Ben là, rien à dire, on ne peut que dire amen…

Sans vouloir être trop sceptique, et je comprends bien que « pouvoir n’est que la deuxième des forces, vouloir est la première » mais quand même, tout ceci a-t-il été élaboré en concertation avec les acteurs économiques, évalué techniquement par les entreprises, et estimé financièrement ?

Ce programme de la « France Présidente«  traduit aussi et surtout une vision de l’économie et de l’emploi avec un Etat ultra interventionniste et des entreprises que l’on n’écoute pas et  qui tentent de s’adapter commes elles peuvent aux mesures; bref, un modèle coûteux, qui a créé 10% de chômage structurel et qui échoue depuis des décennies.  

François

 
  • http://www.QuestionPolitique.fr Chris

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  • Laurent

    François,
    merci pour cette article fouillé sur le programme de Royal. Mais je considére que tu l’as traité à charge. Tu sembles considérer que l’intervention de l’Etat est a priori une mauvaise chose. Que je sache tous les candidats envisagent d’intervenir…

    Reste le coeur de ton article: l’idée (unique?) comme quoi la seule solution serait la baisse des charges pour améliorer l’emploi. cette idée (de droite) directement inspirée de la demande du MEDEF est érigée comme un postulat, une vérité absolue qui n’aurait pas besoin d’être démontrée ou nuancée (« toutes les études montrent que…)

    Comment expliquer le formidable succés de l’Allemagne, de plusieurs pays scandinaves ou même de pays comme l’Espagne avec ce seul argument?
    Comment ne pas risquer de foutre en l’air le système sanitaire et social français (garant de la cohésion sociale) déjà fortement menacé en ne proposant qu’une baisse des charges comme recette miracle…

    Il existe d’autres leviers sur le plan économique que cette « arlésienne » du MEDEF qu’est la seule baisse des charges: davantage de souplesse et de fluidité sur le marché du travail (contre une protection accrue des salariés entre deux jobs), la (re)mise au travail de davantage de personnes notamment les jeunes et les vieux (les emplois aidés peuvent y concourrir), le soutien ciblé à des activités non délocalisables (services à la personne, écoactivités, etc.)

    En disant tout cela, je ne tiens pas à défendre le programme de Royal.

    je denonce la pensée unique qui voudrait que les charges sociales liées au travail soient, a priori, considérées comme un obstacle quand elles constituent la source de financement de notre système de protection sociale grâce auquel nous vivons mieux que l’immense majorité des habitants de cette planéte,

    Ce système constitue un outil de redistribution efficace qui assure cohésion sociale mais aussi pouvoir d’achat et dynamisme économique à notre pays.

    Attention, comprenez moi bien! Il est possible (et souhaitable) de faire évoluer les modes de financement du système de protection sociale (donc de toucher aux charges salariales) mais claironner « à bas la baisse des charges » sans proposer une croissance d’autres formes de fiscalité est au mieux démagogique au pire irresponsable

  • François

    @ Laurent

    concernant la baisse des charges, je ne fais que citer le MEDEF, la CGPME et l’UPA qui sont les trois organisations représentatives des entreprises, les grosses, les moyennes (PME) et les petites (artisans).

    Peut-être n’est-ce pas la meilleure mesure, tout se défend, c’est en tout cas ce que les trois organisations patronales en France demandent…

    D’autre part, la baisse des charges n’est bien entendu pas une mesure qui se suffit. D’ailleurs, l’UPA dit bien dans son livre blanc qu’il faut « engager une véritable réforme de l’assiette du financement ».

  • Franck

    Assez d’accord avec cet article.

    Plusieurs sondages et articles montrent d’ailleurs que les chefs d’entreprises n’y croient pas trop à Ségolène…

  • anonyme

    D’accord avec cette article

  • jeanne

    je n’est pas très bien compris cet article mais je suis touot de même d’accord avec vous ségolène même si certains ne croivent pas en vous……….

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