Meeting national de Dominique Voynet : impressions


voynet.jpg Le 5 avril dernier, la candidate des Verts a tenu un meeting national à la maison de la Mutualité, dans le très propre 5eme arrondissement parisien.

voynet-foule.jpgSurprise ! Arrivé à 20 h, contrairement à notre confrère Pierre au meeting de Ségolène Royal à Limoges, eh bien pas besoin de faire la queue, on entre facile, on peut même se permettre de s’en jeter une petite avant le début du meeting (Dominique Voynet est arrivée avec 50′ de retard). On apprendra plus tard qu’un petit millier de personnes s’était déplacé, ce qui ne remplit pas la salle et peut paraître décevant pour un meeting d’envergure nationale, organisé à la capitale, et doublement décevant vu l’importance qu’ont pris les thèmes de l’environnement et de l’écologie dans le débat national.

Le public

verts-militants.jpg Un peu de tout mais pas mal de personnes d’une quarantaine cinquantaine d’années et pas tant de bobos parisiens que ça. Et une certitude ? Ce sont des fidèles de la première heure, ça se voit : beaucoup se connaissent, et vas-y que je te fais la bise, que je te serre la paluche… Bref, une très bonne ambiance et, c’est à noter, aucune animosité apparente envers les autres candidats chez ces militants. En même temps, quand on vote vert, on est proche du pacifisme non ?

Les stars ? Quelles stars ?

elton-john.jpg Aucune guest star présente dans la salle, elles s’étaient déjà montrées chez Nicolas Hulot. Mais en revanche, tout l’aréopage (somme toute restreint) du parti était là, à l’exception de Noël Mamère, ce qu’on comprend aujourd’hui. Dans l’ordre, ladies first : Cécile Duflot, la secrétaire générale des Verts, Yves Cochet (le dandy vert, ex ministre), Denis Baupin (le monsieur circulation Parisien qui devrait d’ailleurs tester quelques-unes de ses pistes cyclables peu recommandables…), Alain Lipietz (ex candidat à la présidentielle mais qui n’a pas transformé l’essai, aujourd’hui député européen), le célébrissime Yann Wehrling, ex secrétaire général du parti et l’adjoint à la propreté de Paris Yves Contassot (l’homme aux deux syllabes de trop).

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Les intervenants

Là, il faut dire que les intervenants ont été bons, mention spéciale à Baupin (« l’écologie c’est possible, on l’a fait à Paris »), Lipietz (« le monde est globalisé, il est fou, il faut dépasser les frontières et agir ») et Cochet (« l’écologie politique est un mouvement qui a une histoire et un avenir »). C’était sympa à écouter, de bons discours de campagne, prononcés sans notes, intéressants et divertissants.

sondage.jpg  Quant à Dominique Voynet, elle a beaucoup cogné sur Nicolas Sarkozy, ce qui est normal, a vivement alerté Ségolène Royal (« halte au chantage auprès des électeurs écologistes») et son discours a été celui d’une parti en agonie dans les sondages (« n’ayez pas peur de voter Ecologie ») qui essaye d’exister, et qui a même fait allusion à une future réorientation/réorganisation du parti après les élections (désastreuses ?). A 1% d’intentions de votes, on peut comprendre le ton du discours.

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Le contenu

marianne_slogan_400.jpg  Mieux vaut lire le programme de Voynet et des Verts ici. Avec les Verts, on se dit qu’ils ont raison, que c’est bien ce qu’ils font mais en même temps, ça parait un peu décalé avec la réalité. A croire qu’ils n’arrivent pas à pousser leur avantage pour une mise en œuvre concrète et réaliste. Et puis cette ritournelle du « on vous l’avais bien dit » sur le réchauffement climatique ça va une fois mais à la longue, pff…
Alors on a du mal à les imaginer aux responsabilités, ils sont sympas mais un peu légers. Va pour un ministère mais pas beaucoup plus.

Aussi, mais ça n’engage que l’auteur, à toujours rappeler leur positionnement bien à gauche, ils se coupent d’un potentiel d’électeurs du centre et de droite sensibles à l’écologie. Construire un discours d’ouverture les obligerait à tempérer certaines de leurs ardeurs et donnerait certainement à leur politique un caractère opérationnel bien plus crédible.

Alors voilà, on ressort avec l’impression que c’est un parti globalement sympathique, où il fait bon vivre mais à qui, tout de même, on ne confierait pas nécessairement son bulletin de vote, et encore moins les clés de la maison France.

François

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Commentaires des lecteurs

et pourquoi pas ? Les verts sont utiles au débat, et Sarko s’en fout royalement de l’écologie. Il faut des contre pouvoir !

oui mais justement le problème est contenu dans ton commentaire Emir:

Pourquoi toujours taper sur les autres et notamment sur la droite plutôt que de proposer des solutions concrêtes et au combien urgentes!

François a raison, les Verts se coupent eux-même des voies écologistes dans leurs ensemble en s’enfermant d’entrée à l’extrême gauche avant même de parler d’écologie!

l’écologie n’est pas a-politique, elle n’a pas nécessairement vocation à dépasser la gauche et la droite, il peut y avoir une écologie de gauche comme une écologie de droite. Un projet écologiste c’est aussi un projet de société - par exemple les écologistes se battent pour la réduction du temps de travail, ce n’est certainement pas quelque chose qui les range à droite. Quant aux verts plus précisément, ce ne sont pas exclusivement des défenseurs de l’environnement (à quoi bon fonder un parti politique dans ce cas) mais aussi des gens de gauche, parfois altermondialistes, libertaires, anarchistes, sociaux-démocrates que sais-je.
d’ailleurs en tant qu’écologiste de gauche je regrette la tournure prise par la campagne des verts, vers l’”environnementalisme” et le moins-disant politique, c’est pourquoi j’aurais tendance à pencher vers un autre candidat écolo de gauche, peut-être moins évidemment écolo dans son discours et plus à gauche, Bové.

Retrouvez la croustillante tentative de récupération du rassemblement de Nicolas Hulot au Trocadero par Dominique Voynet sur http://www.QuestionPolitique.fr

Les écologistes ne se battent pas tous pour la réduction du temps de travail, ce sont justement les verts plus précisément qui le font.

Certes il peut y avoir plusieurs écologies (je ne sais pas si on peut cataloguer en “de Gauche et de droite”) mais il se trouve que l’écologie est aujourd’hui la priorité et que la seule candidate susceptible de placer l’écologie comme une priorité aurait justement plus à gagner à axer son discours la dessus plutôt qu’à s’égarer sur d’autres problématiques…

Pour avoir assister au meeting parisien de Voynet, l’article est fidèle à l’ambiance et au déroulement de la soirée. Pour ce qui est des commentaires, François a bien précisé qu’ils n’engageaient que leur auteur.

En effet, les discours étaient plutôt intelligents et de bons niveaux, sans démagogie ni petites phrases…De là à conclure qu’ils sont trop légers… N’y t-il pas contradiction?

Certes, on ressentait le désarroi de constater leur faible niveau dans les sondages quand leur diagnostic sur l’état de la planète semble partagé.

Alors bien sûr on ressort le positionnement à gauche des Verts comme une des principales raisons de cet échec annoncé.

Mais dans le système électoral français bipolaire, n’est on pas obligé de choisir un camp pour espérer participer au gouvernement et faire passer ses idées.

A la base du projet écolo, on trouve une remise en cause forte de la société de consommation et du capitalisme non régulé… Ils proposent de changer de système, changer de regard sur la croissance économique, changer de regard sur l’équilibre travail-vie perso, changer le regard sur les échanges internationaux, etc

Pour aller vers un tel changement d’approche, les Verts ont choisi le camp de la gauche (a priori plus enclin à une évolution du système) qu’à la droite (favorable à une optimisation du système capitaliste et de la croissance).

Alors, on fait beaucoup référence à N Hulot et à son absence de positionnement Droite ou Gauche. La récupération de toute part dont il est l’objet, n’est elle pas un signe d’échec de cette politique.

Ne doit on pas affirmer haut et fort, comme les verts le font si maladroitement, qu’il n’y a pas d’écologie possible sans évolution forte du système actuel consommateur et gaspilleur? Cette évolution est elle possible par un gouvernement de droite? je ne le crois pas mais enfin nous verrons bien…

Dans un pays partagé à 50/50 gauche-Droite, le problème est effectivement que ce positionnement (très) à gauche éloigne d’office la moitié de l’electorat potentiel.

La faiblesse du score probable des écolo reste un mystère pour moi, très inquiétant, non pas pour les Verts, mais pour la France qui va accroître son retard vis à vis de ses partenaires européens (regardons l’avance prise par les Britanniques, les allemands, les espagnols sans parler des scandinaves…)

D’accord avec toi Laurent mais, pour avoir moi aussi assisté à ce meeting (on s’y est peut être croisés ?), j’ai été frappé par la quasi-absence de réflexion économique dans les discours prononcés.
Je pense que pour engager la révolution écologique annoncée, il faut être bien conscient des rapports de forces en présence. A mon avis, les Etats Unis, la Chine, l’Inde et les autres ne feront évoluer leurs modes de vie et leurs systèmes économiques que s’ils sont persuadés qu’ils auraient à y perdre s’ils continuaient comme avant. Le rapport de l’économiste anglais ou américain sur le coût économique du réchauffement climatique a eu beaucoup plus d’impact que toutes les déclarations sur “notre maison qui brûle”.
En somme, je ne crois pas à la révolution inspirée par le refus des inégalités ou la volonté de sauver notre planète, parce que malheureusement l’intérêt économique primera toujours. Je pense que l’écologie doit être pragmatique, et qu’elle doit démontrer par A+B que nous avons à gagner à fonctionner autrement. Cela ne passe pas par des discours moralisateurs ou alarmistes, mais par la conviction que notre monde est en mutation profonde, et qu’il faut se préparer à cette mutation pour en maximiser les effets positifs.

Je souhaite rebondir sur la conclusion de l’article qui met en doute la pertinence de confier les “clés de la maison” à D. Voynet (ou aux Verts, en général). Une telle hésitation est effectivement nécessaire, quand on sait que les Verts offriraient tout bonnement ces clés aux instances bruxelloises.

Si la prise de conscience des enjeux environnementaux (écologie, éthique et économie) est nécessaire, elle se doit d’être faite dans le cadre politique “des possibles.” Or, les Verts sont d’ardent thuriféraire de cette intégration européenne de type fédérale qui, bien que drapée dans ses nobles vertus, n’en produit pas moins des politiques souvent désastreuses pour les peuples.

Pour une analyse de l’interview donnée par D. Voynet au magazine bimensuel Diplomatie de mars-avril 2007 sur ces questions, je vous renvoie à l’article publié sur http://www.plateforme2007.net : http://www.plateforme2007.net/spip.php?article65.

Je ne suis pas d’accord avec toi sur ce que tu dis sur l’étiquette politique des verts. Je ne voterai pas pour Voynet, mais je trouve ce parti légitime. Tu dis qu’ils sont un peu coupés de la réalité mais en même temps tu voudrais qu’ils “construisent un discours d’ouverture”. Justement, si ils ne doivent pas se couper des réalités, ils doivent avoir une position sur les autres thèmes de société, et le leur est à gauche, ce qui est très concevable. Même s’il pourait être de droite. En tout cas, c’est ton avis, je le respecte. Moi je ne suis pas pour un “ni oui, ni non” à la Bayrou, en tout cas pas nécessairement.

Paul,
L’article de blog vers lequel tu renvoies est clairement à charge, il part du postulat (qui semble être le tien également?) qu’une Europe fédérale se ferait nécessairement en opposition aux intérêts nationaux français. Quand Voynet considére, au contraire, que dans un monde globalisé, une puissance moyenne comme la France a plus intérêt à s’inscrire dans une approche multilatérale, en l’occurrence fédérale.

Croire que les idées et valeurs (et intérêts) chers à la France seront mieux défendus dans une Europe, somme de nationalismes plus ou moins étroits. Ou chacun conserve un droit de blocage contre une majorité me semble une erreur (attention, le fédéralisme de Voynet implique une démocratisation de l’UE avec un parlement tout puissant élu démocratiquement).

Je partage l’idée de Voynet que le sens de l’histoire est une intégration de plus en plus forte des espaces européens avec à terme une Union européenne (avec un gouvernement démocratique européen) organisée de façon décentralisée avec des états et régions détentrices de compétences et de responsabilités fortes.

Nous n’en sommes pas encore là.

Fred,

Pour ce qui est du volet économique du discours des Verts, insuffisant à tes yeux. Tu as en partie raison. La culture et l’histoire du mouvement écolo expliquent surement la faiblesse de leur discours économique. Mais s’ils peuvent être faibles dans le discours, la dimension économique n’en demeure pas moins présente. Et la démonstration de la “rentabilité économique” d’une évolution du système est de plus en plus présente dans les rapports scientifiques (ne serait que par l’évaluation du coût de notre modèle actuel pour les fameuses générations futures - dette, coût environnemental, coût social…) Sur ce plan j’ai l’impression que les données sont connues de tous….

la question qui demeure reste celle du court terme. Comment parvenir à changer les comportements à court terme quand la démonstration du coût économique (et social) du modèle actuel à moyen et long terme ne fait plus aucun doute?

Doit on attendre que la situation fasse que l’impact économique sera à court terme, et il sera peut-être trop tard… ou bien comme les Verts le suggèrent doit on anticiper et intégrer ce coût pour les générations futures dans nos calculs économiques d’aujourd’hui?

Pour anticiper ce coût et faire évoluer le système selon des critères économiques (comme tu le proposes), il y a un outil efficace : l’évolution de la fiscalité. Voilà pourquoi, cela constitue la principale proposition des Verts dans le domaine économique. Cela peut paraître trop court comparé au catalogue de certains candidats mais c’est essentiel

J’aurais aimé croire à un grand mouvement écologiste malheureusement même eux se ” bouffent le nez ” pour le POUVOIR !!!!!

La position de Dominique Voynet n’est pas simplement celle d’une Europe fédérale, qui est une position déjà problématique en elle-même dans la mesure où l’intégration fédérale européenne actuelle est un échec complet. D’une part, elle ne répond pas aux aspirations des peuples d’Europe : ni des Français, ni des Hollandais qui l’ont exprimé par leur vote, ni des peuples de l’Est de l’Europe dont l’entrée dans l’Union Européenne consiste en la réalisation de leur revendications nationales en ce qu’elle consiste surtout en un affranchissement de la tutelle qu’ils ont connu avec l’Union Soviétique, il n’est pas question pour eux de se fondre dans une union fédérale.
D’autre part, la construction européenne actuelle, quelque soient les affirmations de ses défenseurs, ne se fait nullement sur le principe d’indépendance mais se construit au contraire dans le cadre d’une union euro-atlantique, sur le plan économique, culturel, institutionnel (voir les délibérations du parlement européen en faveur d’une assemblée euro-atlantique) et géopolitique (comme le démontrait la référence à l’OTAN dans l’article du traité constitutionnel sur la politique étrangère et de défense commune).

Ce qui est plus profond dans l’idéologie des Verts, c’est la volonté d’affaiblir l’échelon national, qui dans notre nation politique est celui de la citoyenneté et de la solidarité, en faveur d’une intégration européenne en passant particulièrement par l’appui à toutes les revendications régionalistes et au séparatisme sur des bases ethnoculturelles. Et cela ne consiste pas simplement à constater que la France serait une puissance moyenne qu’il conviendrait de compenser par une intégration fédérale européenne encore plus grande, cela revient à dire qu’il faut affaiblir davantage l’échelon politique national pour s’en sortir.
L’analyse suivante éclaire ses orientations des Verts (à travers les déclarations de Dominique Voynet en Corse et l’accord législatif signé avec le mouvement de “régions et peuples solidaires”) : Voynet ou le démantèlement de la France