Immigration : les positions des candidats
La manière dont le thème de l’immigration est abordé dans la campagne présidentielle 2007 est intéressante, probablement révélatrice du manque de recul (et de courage ?) de nos politiques. Parmi les candidats, on peut ainsi dégager trois postures face au thème de l’immigration.
La première, la plus médiatisée, c’est bien sûr celle de Sarkozy. Sa proposition de ministère de l’immigration et de l’identité nationale est un bon résumé de sa position sur le sujet. Elle fait suite à une série de mesures restrictives sur les droits des immigrés et sur leurs possibilités d’intégration. Si ces positions correspondent probablement pour Sarkozy à un souci sincère de préserver la cohésion de la société, elles répondent aussi à plusieurs calculs : « parler vrai » sur un sujet sensible, ne pas laisser de place à Le Pen, aller dans le sens du bon sens populaire (55% des Français approuvent son projet de ministère). Une vision crispée, égoïste et passéiste.
Une deuxième posture est celle adoptée par Bayrou et par Royal : une position plus nuancée, avec la volonté de mieux respecter les droits des immigrés. Rétablissement de la règle de 10 ans pour la régularisation, régularisation de certains sans papiers (selon critères), refus de la notion d’« immigration choisie », instauration de visas aller-retour adaptés aux réalités du monde du travail (proposition de Royal). Les deux candidats évoquent également la nécessité d’un co-développement avec les pays du Sud, en restant toutefois assez allusifs sur le sujet. En somme, deux positions prudentes, celles d’un statu quo à visage plus humain.
Enfin, les Verts et la LCR proposent un troisième type de positionnement sur le sujet. Deux idées essentielles structurent leurs propositions :
- L’affirmation des droits des immigrés : régularisation de tous les sans papiers, ratification de la Convention Internationale des Droits des Migrants, droit à la citoyenneté (et donc droit de vote) pour tous les résidents, application du droit de vivre en famille et refus des quotas d’immigration.
- Une gestion globale de la question migratoire : annulation de la dette des pays du Sud, réforme des règles du commerce international, politique de co-développement. La LCR propose également le remboursement de la dette écologique (en lien avec les dégâts environnementaux issus de la colonisation).
Les questions migratoires sont ici replacées dans une perspective planétaire, ce qui a le mérite d’éviter certains poncifs sans fondement sur les questions migratoires. Cette posture des Verts et de la LCR est en effet cohérente avec certaines des conclusions (plutôt à contre-courant des croyances véhiculées par le bon sens populaire) d’un rapport du Commissariat Général au Plan, publié en 2002 :
- La France a stabilisé depuis 25 ans la part des immigrés dans la population totale (7,5%, contre 9% en Allemagne, 12,5% aux Etats-Unis).
- L’immigration a très peu d’impact sur le niveau de chômage et les niveaux de salaires des pays d’accueil.
- En termes de flux, le phénomène de regroupement familial en France est en déclin continu depuis les années 1980.
- Par rapport aux autres pays riches, le phénomène d’immigration clandestine apparaît globalement maîtrisé en France.
Une chose au moins est sûre : rester l’œil rivé sur les sondages ne permet pas
forcément de poser les bonnes questions sur l’immigration, à savoir : quelles peuvent être les relations entre un pays et une société mondialisée ? Quelle réponse apportons-nous aux grands déséquilibres Nord-Sud, que nous avons contribué à créer (colonisation) et à maintenir (règles du commerce international, subventions à l’exportation) ? Peut-on continuer à raisonner à l’échelle nationale, quand nous sommes de plus en plus confrontés à des phénomènes d’envergure mondiale (mondialisation de l’économie, mondialisation des problèmes énergétiques et climatiques, fort développement des migrations internationales…) et quand l’Europe constitue une formidable opportunité de peser sur ces phénomènes ?
Cela revient peut être aussi à soulever une question de fond : un homme politique doit-il avant tout s’attacher à suivre le sens de l’Histoire, ou à satisfaire les aspirations de ses électeurs ?
Fred

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très intéressant cet article, et très clair en plus !
pour ceux qui souhaitent voir ce que pourrait donner l’application des mesures injustes et cruelles de Sarkozy, avant-goût sur le site suivant : http://www.educationsansfrontieres.org/
sachez que ça se passe aujourd’hui, dans notre pays, quotidiennement ou presque… demandez autour de vous : vous n’aurez pas à gratter longtemps !