Hier, j’ai voté Chirac
Mon Président est incroyable ! Toujours là où on ne l’attend pas. Pendant ces douze années de pouvoir, il m’a fait espérer qu’il s’attaquerait à la fracture sociale et aux inégalités (1995), qu’il gouvernerait haut dessus de la mêlée (pacte républicain 2002)… avant de me décevoir gravement par son inconstance et son clientélisme. Et voilà qu’au moment de nous annoncer son départ, il fait un “sans faute” dans son allocution hier soir !
Oh bien sûr, je ne pense pas au début de son intervention. Lorsqu’il essaie de nous faire croire qu’il est fier de son bilan (réformes, insécurité, innovation, chômage…). Chirac est trop intelligent et lucide pour y croire lui-même.
Non, je pense aux messages qu’il a souhaité nous laisser en guise de testament : Un testament qui ressemble beaucoup au programme de la campagne qu’il aurait rêvé être en mesure de mener.
Message n°1 : « ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre »… « Oui, la France est riche de sa diversité! » A l’heure où le candidat favori des sondages tente de chasser des voix sur sa droite, Chirac nous rappelle ce que la peur de l’étranger a produit dans notre histoire mais aussi ce que la France doit à sa diversité. Il insiste sur « l’honneur de la politique :… agir pour l’égalité des chances » « c’est l’une des clés de notre avenir ».
Comment ne pas lui donner raison ? A l’heure de la mondialisation et du déficit démographique annoncé, l’accueil et l’intégration réussis de population d’origine étrangère en France constituent une condition de notre santé économique et sociale. Du maintien de notre statut de pays riche et prospère. Sans parler des valeurs morales que la France entend défendre.
Message n°2 : « ne pas craindre les évolutions du monde » « sans jamais brader notre modèle français » « il est adapté au monde d’aujourd’hui, si bien sûr nous savons le moderniser »
Ce second message est plus ambigu. Il renvoie à l’exception française, concept qui n’a pas toujours été mis en avant à bon escient. Mais enfin. Il existe vraiment ce système propre à la France. Un équilibre particulier entre protection sociale élevée, liberté d’entreprise « encadrée », rôle de l’administration publique, solidarité internationale, place de la culture, etc. Saurons nous le moderniser en en conservant les acquis fondamentaux ? Allons nous brandir notre modèle avec arrogance et nous isoler du reste de l’Europe et du Monde ? Au nom de cette modernisation, saurons nous nous attaquer aux rentes de situation et vrais privilèges sans détruire ce que nos aînés nous ont transmis de droits et d’acquis sociaux et culturels ? Ou bien ferons nous le contraire ?
Message n°3 : « ce n’est pas seuls que nous ferons face aux bouleversements économiques du monde. La France doit affirmer l’exigence d’une Europe puissance. D’une Europe politique. D’une Europe qui garantisse notre modèle social. C’est notre avenir qui est en jeu »
Que rajouter sinon dire que Chirac ne manque pas d’air. Lui qui s’est tout de même fait remarqué par son jeu peu collectif et son faible enthousiasme européen.
Message n°4 : « la France n’est pas un pays comme les autres » « Elle a des responsabilités particulières, héritées de son histoire et des valeurs universelles qu’elle a contribué à forger » « la France doit défendre la tolérance, le dialogue et le respect entre les hommes et entre les cultures » « Le devoir de la France, c’est de peser de tout son poids pour que l’économie mondiale intègre la nécessité du développement pour tous ».
Qui dit mieux ? Personne. Chirac a toujours tenu un discours mondialiste avec une réelle préoccupation pour les enjeux liés au sous-développement. Et en face de ce discours généreux, toujours le même clientélisme et le même cynisme : on rappellera son soutien à certains régimes en Afrique ou son refus criminel de revoir les subventions européennes aux excédents agricoles. A son actif bien sûr, son refus d’aller combattre en Irak avec Bush. (peu importe si sa décision était aussi influencée par les relations privilégiées que la France entretenait avec le régime de Sadam Hussein. Seul le résultat compte)
Message n°5 : « Enfin, il y a la révolution écologique qui s’engage. Si nous ne parvenons pas à concilier les besoins de croissance de l’humanité et la souffrance d’une planète à bout de souffle, nous courons à la catastrophe. » « C’est une révolution dans nos esprits tout autant qu’à l’échelle mondiale qu’il faut mener. » « Pour concevoir un nouveau mode de relation avec la nature et inventer une autre croissance. »
Le même qui déclarait dans un brillant discours en 2002 à Johannesbourg « la maison brûle et nous regardons ailleurs » nous rappelle la nécessité de réviser notre façon d’apprécier et de concevoir notre développement. Sa dernière décision politique majeure aura été son accord (conseil européen de la semaine dernière) de passer de 7% aujourd’hui à 20% d’énergie renouvelable en 2020 au niveau de l’ensemble des pays européens. Tout en exigeant que la France puisse négocier un taux inférieur en raison de sa part d’énergie nucléaire.
C’est tout Chirac ! Champion du monde des discours mais incapable de les traduire ensuite en actes. (sauf pour l’Irak, OK).
Mais voilà, hier, j’ai tout oublié. Pendant les dix minutes de son allocution, Chirac n’était plus Chirac. J’ai succombé au charme de sa déclaration d’amour.
Je serais prêt à voter pour le (la) candidat(e) à la présidentielle capable de déclarer ainsi sa passion de la France : « Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d’envie d’agir. Cette France qui, croyez-moi, n’a pas fini d’étonner le monde ».
Quoi? Ce sont les derniers mots de l’intervention de Chirac ? Et il n’est pas candidat ?
Hier soir, j’ai failli trouver cela dommage.
Laurent
PS: La “plume” de Chirac sera donc bientôt sur le marché… Avis aux candidats! Cela pourrait influencer mon vote.

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Chirac va nous manquer, c’est certain.
Aucun des candidats actuels n’a sa stature ni son recul: entre Sarkozy l’énervé, Bayrou le faiseur et Royal l’incapable, il y a de quoi être inquiet.
Le premier nous fait croire qu’il a une solution pour tout, le second parle mais n’a aucun véritable programme, la dernière cherche encore ce qu’elle pourrait dire et proposer pour être crédible.
Alors moi je me dis qu’on pourrait demander à Jacques Chirac de se représenter quand même, pour l’intérêt supérieur de la Nation.