José Bové, l’homme sandwich sans programme
Le volet économique d’une campagne électorale, c’est important, surtout quand on n’est fondamentalement pas d’accord avec le système dominant. A la gauche de la gauche, bien qu’ils n’aient pu s’entendre, on est d’accord sur au moins une chose : le capitalisme n’a rien de bon (ou si peu). Après Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière) et Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire), voyons ce que pense et propose un autre membre du front unitaire antilibéral: José Bové.
José Bové l’antilibéral
Le membre de la Confédération paysanne n’est pas clairment anticapitaliste, ou tout du moins, il ne le dit jamais clairement. En revanche, il en conteste de nombreux principes: la propriété, les échanges, la notion de profit, le salariat…par le biais de sa critique frontale et virulente du libéralisme qui a l’énorme avantage d’être aussi politique, ce qui prête plus facilement à la critique et intéresse certainement plus les électeurs français car finalement, on peut tout y mettre.
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Ratisser large
La première phrase de la déclaration de candidature est à ce titre édifiante, un beau cocktail politique bien porteur : on y retouve de l’économie « Un grand patron gagne 300 fois ou plus qu’un smicard », du libéralisme « Les plus riches désertent leur devoir fiscal » et du social « 100.000 personnes dorment dans la rue ». En annonçant que : « Il est temps de décréter l’insurrection électorale contre le libéralisme économique », José Bové a trouvé là le parfait slogan pour son programme présidentiel et sa campagne.
Seulement, à s’attaquer aussi directement à autant de sujets, on s’expose soit au verbiage des concepts politico-révolutiono-économiques aujourd’hui inaudibles, voire incompréhensibles (Laguiller, Besancenot), soit au catalogue technocratique soporifique (Sarkozy, Royal, Bayrou) soit enfin à la recette de potion magique invraisemblable; c’est ce qu’a choisi José Bové.
La potion magique
José Bové se positionne en faveur d’une, « gauche de transformation sociale et, démocratique, une gauche antiraciste, féministe et écologique. Une vraie gauche » qui mettra fin au « dogme économique libéral ».
Il fait feu de tout bois et les « droits » sont au centre de tout. Sa politique se traduisant certainement par un Etat très interventionniste, ce qui est peu surprenant pour un antilibéral.
Au plan économique, le candidat souhaite un nouveau modèle de développement avec un nouveau type de croissance, de production, d’échanges et de consommation…C’est beau sur le papier, on attend les propositions concrètes.
Au niveau démocratique et institutionnel, il souhaite refonder la construction européenne sur des bases démocratiques et sociales et remplacer la Veme République par une nouvelle démocratie laïque qui élargit les droits sociaux. Là aussi, on attend les propositions institutionnelles, le texte d’une éventuelle future constitution, un projet de traité européen… Pour le moment, rien.
Les habitants des banlieues, les personnes modestes et les sans-papiers ne doivent plus être des sous-citoyens car « tout être humain, parce que c’est un être humain, doit être reconnu dans son humanité ». Ca ressemble furieusement à de la langue de bois politicienne et électoraliste, pour ne pas dire de la démagogie… Bové parle de tout le monde et de personne à la fois. C’est vague, imprécis et grandiloquent.
Enfin, au niveau social, il propose de réglementer les licenciements, revaloriser les minima sociaux… Vous voulez autre chose, demandez à Bové !
Homme sandwich
Le programme fourre-tout de José Bové n’est même pas bancal, il est incompréhensible. Toutefois, il souligne aussi un autre aspect de José Bové: son approche comerciale de la politique : l’ersatz de programme présidentiel est en fait une supérette où chacun trouvera au moins quelque chose qui lui convient. Et il suffit alors d’être devenu sceptique vis-à-vis de la classe politique et/ou des partis, ce qui peut se justifier !, pour facilement adhérer à la candidature de José Bové et le soutenir.
Avec José Bové, on passe d’un sujet à un autre, sans aucune hiérarchisation. On trouve des dénonciations approximatives, des interprétations avantageuses, des concepts aux contours flous. C’est le règne du mot roi, de l’affiche en carton, peu importe le vide qu’il y a derrière.
José Bové, paradoxalement, ressemble à un homme sandwich, symbole de ce capitalisme déshumanisant qu’il décrie tant.
François


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Bové, l’homme-sandwich sans pâté auquel il manque le pain.