Capitalisme or not capitalisme: Besancenot hésite
Le volet économique d’une campagne électorale, c’est important, surtout quand on n’est fondamentalement pas d’accord avec le système dominant. A la gauche de la gauche, bien qu’ils n’aient pu s’entendre, on est d’accord sur au moins une chose : le capitalisme n’a rien de bon (ou si peu). Après Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), poursuivons notre revue d’effectif avec Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire).
Pluie de critiques
A la LCR, il existe une bible, le manifeste : document en perpétuels travaux, il n’en est pas moins explicite. Intitulé « changer radicalement de logique », il se veut une alternative socialiste au capitalisme libéral.
En effet, dans la mondialisation libérale, les marchés dictent leur volonté, décident au nom du profit et de la rentabilité et les besoins humains sont niés. Le capitalisme y est présenté comme “exploiteur” et le salarié comme “asservi”.
A y regarder de plus près pourtant, malgré les violentes critiques et l’emploi répété du terme « alternative », rien n’est proposé pour renverser le système capitaliste : le manifeste ne fait qu’énumérer des exigences, toutes « capitalo-compatibles », et c’est plutôt sur le champ de la démocratie, réinventée grâce à ue révolution, que des propositions sont formulées.
Et cette ambiguïté, eh bien on la retrouve dans le programme présidentiel d’Olivier Besancenot qui, en parlant de démocratie bafouée aux mains de capitalistes, mélange volontairement système politique (démocratie), institutions (Ve république) et modèle économique (capitalisme) pour se prévaloir du premier (qui ne le ferait pas ?) en tapant toujours plus fort sur les deux autres (à peu de frais).
Problème : quand le candidat Besancenot appelle à une Constituante pour remettre en cause l’ordre économique, social et politique existant et redéfinir une nouvelle architecture, pourquoi pas mais il ne poursuit pas dans la proposition : quelles institutions, quel système économique et avec quelle viabilité ?
Aussi, ses propositions économiques ne sont que des modifications d’un capitalisme qu’il conserve en fait : taxer les richesses, prendre sur les profits pour améliorer les salaires, annuler la dette… mais rien contre l’organisation même du système.
Le système est pourri mais l’argent n’a pas d’odeur…
Dans le paragraphe « Où prendre l’argent pour toutes ces mesures ». Olivier Besancenot nous montre d’ailleurs qu’il s’accommode très facilement de la capacité du capitalisme à créer des richesses. Même sur le dos des salariés exploités ?
N’écrit-il pas lui-même que « la vraie question n’est pas de savoir si l’argent existe pour satisfaire les besoins sociaux, c’est le cas à l’évidence ».
Oui, l’argent existe car il traduit une création de richesse, qui s’inscrit elle-même dans un cadre capitaliste. Or, à remettre en cause les fondements capitalistes et son mode de fonctionnement (« du pouvoir patronal, de la propriété privée, des moyens de production »), qui peut garantir que cette richesse existera encore ?
Le saut dans le vide… et en courant !
Olivier Besancenot n’assume pas jusqu’au bout ses idées et propositions : il tire à vue (allant jusqu’au ”défouloir anti-droite“) sur notre système politique et économique mais ne va pas jusqu’à le renverser, quand bien même il serait intrinsèquement inégalitaire ou antidémocratique comme il se plaît à le dire, trop malin qu’il est pour ne pas réaliser qu’il n’a pas d’alternative crédible à proposer.
.
La bascule dans l’inconnu est d’ailleurs résumée dans cette fin de discours : « Notre mobilisation et notre détermination peuvent imposer des mesures d’urgence qui changent notre vie et nous débarrassent de la dictature capitaliste ».
.
Après moi le déluge…
.
François


(13 votes, average: 3.69 out of 5)



On est toujours partagé entre le souci que la démocratie vive et que toutes les opinions puissent s’exprimer, mais franchement à quoi sert Besancenot ? A part flatter son ego boursouflé (ni plus ni moins d’ailleurs que Laguillier, Bové et tous les candidats qui n’iront nulle part) qu’est-ce qu’il apporte de neuf dans le débat ? Il est né trop tard dans un monde trop vieux, en mai 68 il aurait fait un très présentable orateur d’amphi, mais dans la France de 2007 peut-il faire autre chose qu’alimenter la division et l’éparpillement des voix de la gauche ?