Royal / Sarkozy : quel est le fond du débat ?
Depuis dimanche, le débat est vraiment lancé entre les programmes présidentiels de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Il porte en grande partie sur l’estimation du coût des deux programmes, et sur le détail des (nombreuses) mesures proposées. Pourtant, l’enjeu de la présidentielle se situe-t-il vraiment à ce niveau ?
Tout d’abord, les mesures détaillées. Il est surprenant que les deux candidats aillent aussi loin dans le détail des mesures. Après tout, s’il revient au Président de définir son projet de société et les grandes orientations de son mandat, c’est bien au premier ministre ensuite de les mettre en œuvre par des mesures concrètes et chiffrées.
Et puis, que vaut un catalogue de promesses une fois la campagne électorale terminée ? Les 110 propositions de François Mitterrand n’ont pas toutes été mises en œuvre (loin de là), et de nombreuses promesses du candidat Chirac ont vite été rangées au placard.
Le coût des programmes, ensuite. Quel est l’intérêt du débat actuel sur le chiffrage des mesures ? Pas évident, parce que les données du débat ne sont pas très claires : beaucoup de mesures restent floues (donc difficilement chiffrables), et les estimations proposées varient sensiblement selon les sources. La Bank of America estime le coût des mesures à 35 milliards d’euros pour chacun des deux programmes. Le PS se demande comment l’UMP va financer les 118 milliards de manque à gagner (68 milliards de baisse d’impôts, 50 milliards pour les mesures annoncées). Chaque camp accuse l’autre de dépenser sans compter.
Mais est-ce si important ? Beaucoup de ces mesures ne seront jamais mises en œuvre, et l’on ne connaît évidemment pas le niveau des recettes correspondant à ces dépenses.
Le cœur du débat est finalement ailleurs. Il est dans le fait que, au-delà des mesures et des chiffres, chacun des deux candidats exprime un projet de société. Ségolène Royal axe son programme sur la solidarité, sur l’action collective contre la précarité et pour le renforcement du lien social. Nicolas Sarkozy met l’accent sur les parcours individuels, sur la création de richesses et l’efficacité économique.
Dans ces deux visions de société, assez cohérentes finalement, on se rend compte par exemple que la dimension « développement durable » est peu évoquée. Elle apparaît dans quelques mesures, mais se trouve plutôt reléguée à la marge du projet de société.
Et c’est évidemment là l’essentiel : au-delà des mesures et des chiffres, c’est la philosophie générale du projet qui compte. C’est en fonction de celle-ci que seront définis les grands axes des politiques futures, que seront déterminées les priorités du gouvernement à venir. Priorités qu’il s’agira de mettre en œuvre dans un certain contexte économique et social, avec un certain niveau de recettes fiscales, et au milieu d’un certain jeu politique. Et là, le catalogue de propositions sera depuis longtemps rangé au fond du tiroir.
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