Les écologistes ne doivent-ils parler que d’écologie ? La question mérite d’être posée, dans une campagne où les enjeux écologiques ont été placés au cœur du débat par Nicolas Hulot. Cependant, quel rôle peuvent jouer dans cette campagne des écolos, au-delà de l’interpellation des « grands » partis sur un certain nombre d’enjeux climatiques, environnementaux ou sanitaires ?
Si Nicolas Hulot ne prétend pas (pour le moment) sortir de son rôle de militant, en est-il de même pour les Verts de Dominique Voynet, pour Cap21 de Corinne Lepage, ou Mouvement Ecologique Indépendant d’Antoine Waechter ?
Au-delà du seul discours de l’écologie, sont-ils en mesure de proposer une vision de la société et des propositions sur la démocratie, l’Europe et la politique étrangère, la justice ou l’éducation ?
Prenons ici l’exemple de l’Europe.
Commençons par Antoine Waechter, le moins médiatisé des 3 candidats écolos. Son programme expose un diagnostic sans concession de la situation actuelle, et préconise la mise en œuvre de la décroissance, seule option possible aujourd’hui. L’Europe n’apparaît qu’à la marge de ce projet : elle devra financer les conditions de cette décroissance (assurance vieillesse, émancipation de la femme…), devra mettre en place une défense commune qui devra assurer la sécurité des européens. Enfin, sa construction politique devra être relancée. Un peu maigre : l’Europe semble être un cadre général, plutôt abstrait, en tout cas presque déconnecté du programme de Waechter.
Le cas de Corinne Lepage est plus difficile à cerner. Il est évident que Corinne Lepage ne limite pas son discours aux questions écologiques. Elle propose un discours offensif sur la fiscalité, la démocratie, la sécurité, la justice… mais pas l’Europe. Il faut bien avouer qu’entre son blog, celui de Cap21, son livre (qu’elle a signé sous le pseudo « Catherine Médicis »), ou le rappel de positions prises antérieurement (comme sur le referendum européen, par exemple), on a du mal à s’y retrouver. Finalement, on croit comprendre que le programme n’est pas encore complètement publié, et donc que Corinne Lepage parlera peut-être d’Europe plus tard. Un peu dommage, pour un thème aussi fondamental.
Les Verts de Dominique Voynet, enfin. Ils proposent plusieurs axes pour l’Europe. Tout d’abord, une Europe qui conduise les indispensables réformes en terme de développement durable : promotion d’activités agricoles et halieutiques durables, réduction des dépenses énergétiques et réorientation des politiques de transport, ou encore profonde réforme fiscale pour sortir de l’Europe libérale. Les Verts se prononcent aussi sur une réforme des institutions : réforme des modes de suffrage, mise en place d’une politique étrangère commune. Autre volet intéressant : l’émergence d’une citoyenneté européenne (service citoyen européen, création d’une équipe olympique européenne). Dommage qu’il n’y ait pas un mot sur les limites géographiques de l’Europe, volet essentiel du projet politique.
Finalement, seuls les Verts proposent aujourd’hui un discours cohérent sur l’Europe. Encore faudrait-il qu’ils soient en mesure de mieux le porter médiatiquement, s’ils veulent enfin passer de leur éternel statut de « composante politique utile au débat » à celui de « parti de gouvernement ». Pour les autres partis écolos, attendons de voir… la campagne est encore longue.
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Fred


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