Le Pen et l’école: rien ne va plus à l’éducation nationale
Dans son discours fait le 26 novembre à Dijon, Jean-Marie Le Pen nous dévoile les grandes lignes de son programme sur l’école et l’éducation.
Un champ de ruines
C’est ce qu’est l’école selon Jean-Marie Le Pen. Cette « décomposition » est d’ailleurs le reflet de « la décadence de la société toute entière ». Jean-Marie Le Pen illustre cette décadence par l’exemple d’un « roman donné à lire dans une classe de quatrième, à Nantes qui décrivait sur deux pages la masturbation d’un jeune garçon ».
Responsable du désastre : la « nomenklatura »
Les responsables de ce désastre sont connus : « les coups de boutoirs conjugués des idées de 68, de la nomenklatura de l’Education Nationale et des politiciens ».
Jean-Marie Le Pen identifie plus précisément les responsables : « L’administration Centrale du Ministère de l’Education Nationale, – la plupart des syndicats de professeurs, – les Corps d’inspecteurs, – les directions et corps de formateurs des IUFM».
Quant à l’Education Nationale elle en prend pour son grade : les « maîtres censeurs qui ont brisé la méritocratie scolaire », le « mammouth administratif de 1,3 millions de personnes et coûtant 650 milliards FF », « les 28 000 postes d’enseignants payés mais dispensés de donner des cours », la carte scolaire qualifiée de « planification soviétoïde »… Le Pen sort la mitraillette et allume tout ce qu’il peut.
Et Jean-Marie Le Pen de conclure que « A la vérité, l’Education Nationale ne semble plus tourner qu’au profit de quelques-uns : les enfants d’enseignants, bénéficiaires des mécanismes culturels de la reproduction sociale, et les jeunes d’origine immigrés, bénéficiaires des quotas, qui ne disent pas leur nom, à l’entrée de certaines Grandes Ecoles, comme Science Po ».
Eh oui, on ne refait pas Jean-Marie Le Pen… !
Où on revient à l’insécurité
Après avoir fait l’inventaire des responsables, Jean-Marie aborde la méthode : « l’idéologie du spontanéisme de l’enfant » et la « secte éducative » qui le défend car pour eux « , il n’est pas nécessaire de transmettre, il suffit de créer pour l’enfant un environnement favorable ».
On vient ensuite aux conséquences, et naturellement sur l’insécurité : « J’affirme que cette idéologie de l’enfant-roi, préférée au dur apprentissage des savoirs, est une des causes principales de la montée de la délinquance et l’insécurité. […] Aucun homme politique n’a le courage de dire que c’est là le fruit vénéneux de la destruction du principe d’autorité, dans les familles et à l’école, de la destruction du sens de l’effort, de la destruction de la valeur travail et de la hiérarchie des compétences ».
Jean-Marie Le Pen joue ici sur du velours : tout le monde s’accordant à dire que notre système éducatif a des difficultés, il s’engouffre dans la brèche pour alimenter en eau son moulin sur l’insécurité. L’argument porte car il associe étroitement la délinquance, notamment des jeunes, à l’éducation et l’école est ainsi naturellement mise en première ligne.
Changer l’école : La réforme intellectuelle et morale
Il semble d’ailleurs que pour Jean-Marie Le Pen, l’école est moins un lieu de transmission de savoir qu’un lieu d’éducation à respecter l’ordre. Ne dit-il pas, dans ce discours, que « pour instruire et éduquer, il faut d’abord rétablir l’autorité parentale, scolaire, religieuse, militaire…. ».
Quant au contenu de l’éducation, il doit lui aussi être réformé pour, par exemple, « rétablir la fierté d’être français et cesser de culpabiliser nos jeunes par un enseignement partial de l’esclavage ou de la colonisation, lequel fait « germer la haine dans les caboches creuses des crétins programmés » ». rien de bien surprenant dans ce grand classique de Le Pen qu’il avait notamment longuement décliné à l’époque du film « Indigènes ».
Il faut également « revaloriser les métiers manuels, méprisés depuis 30 ans, au nom, entre guillemets, « des études intellectuelles pour tous », utopie qui a littéralement transformé l’école en usine à chômeurs ». Ceci est un constat partagé par de nombreux autres candidats.
Jean-Marie Le Pen propose de supprimer les IUFM « instruments de la révolution culturelle au service de la gauche » pour les remplacer par des Centres Pédagogiques Régionaux qui favoriseraient l’apprentissage sur le terrain et feraient intervenir des consultants extérieurs.
Il propose également, pour réintroduire la méritocratie, de « relever le niveau d’exigence de passage dans la classe supérieure », de « transformer le Brevet des collèges en véritable examen » et enfin de « rendre au Bac son rôle d’examen sanctionnant l’acquisition des connaissances durant le secondaire ».
Enfin, certaines filières généralistes (histoire, psychologie….) devraient faire l’objet d’un numerus clausus et le stage en entreprise devrait être rendu obligatoire.
Jean-Marie Le Pen dénonce, comme souvent, le système en place qui englobe les politiques, l’administration et les valeurs véhiculées.
Face à ce constat alarmiste de l’éducation nationale française, il taille à la hache et propose quelques mesures, radicales sur le papier, emblématiques dans le discours mais finalement assez généralistes et qu’on a du mal à envisager dans leur application concrète tant notre système éducatif est complexe : comment former les maîtres sans IUFM, comment revaloriser les métiers manuels, comment gérer les flots d’élèves probablement recalés aux divers passages en classe supérieure…
Jean-Marie Le Pen s’est certainement fait plaisir dans ce discours mais le fond de ses propositions et de son programme presidentiel méritent d’être creusés car l’éducation est un sujet qui doit dépasser la simple dénonciation (facile) et la symbolique de quelques mesures (radicales) non évaluées.
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