Bayrou et l’Europe : une symphonie inachevée ?
Le thème de l’Europe est pour l’heure le parent pauvre de la campagne présidentielle.
Certains candidats parlent d’ »Europe de la preuve » pour cacher leur manque d’idée forte sur le sujet (Royal), d’autres ont oublié d’écrire le chapitre sur l’Europe dans leur programme (les Verts), ou veulent faire de l’Europe une forteresse contre les immigrés indésirables (Sarkozy) ; enfin certains sombrent dans la démagogie la plus vile (De Villiers, Le Pen).
Bref, le paysage est sinistre, à peine 18 mois après le « non » au referendum.
L’UDF est la seule formation politique majeure à oser proposer une vision de l’Europe un peu ambitieuse. L’Europe est évoquée dans son avant-projet comme « le plus beau rêve politique du XXème siècle », mais aussi une « œuvre inachevée ». Ca ne mange pas de pain, mais au moins ça tranche avec la trouille ambiante sur le sujet.
Deux idées fortes dans le programme de Bayrou sur l’Europe.
Tout d’abord, redonner du sens au projet européen : l’Europe doit être un « espace politique cohérent », ce qui signifie un processus d’élargissement plus prudent, et un partenariat privilégié avec la Turquie. Pourquoi pas, même si on peut se demander pourquoi ce qui est valable pour la Turquie ne le serait pas pour l’Ukraine ou la Moldavie. Un nouveau Traité constitutionnel, « simple et cohérent » sera proposé (mais qui en voudra, parmi les pays ayant déjà ratifié le projet de constitution ?).
Ensuite, l’UDF propose plusieurs avancées institutionnelles significatives.
Améliorer le fonctionnement des institutions européennes (abandon de la règle d’unanimité, plus grande adéquation entre taille démographique et poids décisionnaire des pays, durée de la présidence du Conseil qui passe de 6 à 18 mois) et réduire le poids des égoïsmes nationaux (limitation du nombre de commissaires à la Commission pour sortir du système « un pays= une voix »).
Est aussi proposé de renforcer le poids international de l’Europe : développement d’une politique étrangère et de défense commune (et clairement autonome par rapport aux USA), coordination des politiques d’immigration avec une politique de co-développement avec les pays d’origine.
Ces propositions sont intéressantes, dans la mesure où elles prouvent une envie de poursuivre l’aventure européenne, avec des avancées concrètes voire ambitieuses.
Un regret pourtant, et de taille. L’Europe n’est abordée que sous l’angle politique internationale / ambition générale / institutions. On aurait aimé en savoir un peu plus sur le rôle que pourrait jouer l’Europe en terme d’emploi et de protection sociale ? En terme de politique d’aménagement du territoire, pour relayer l’échelon régional ? En terme d’infrastructures, de grands projets, de développement économique, d’énergies renouvelables… ?
En somme, on sent chez Bayrou une envie d’Europe, mais il va encore falloir bosser un peu pour que ça devienne vraiment convaincant. Pourquoi ne pas lorgner du côté de l’ »Europe de la preuve » de Royal ?
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Fred





Au lien suivant, les propositions institutionnelles de Sarkozy sur l’Europe
http://www.programme-presidentiel.com/category/7/nicolas-sarkozy/page/3/
Et les valeurs européennes de Royal
http://www.programme-presidentiel.com/category/7/segolene-royal/page/3/