Les candidats écolos ne cassent pas la baraque

Dans leurs programmes présidentiels pour la campagne 2007, les candidats étiquetés « écolo » ne chamboulent pas le paysage des idées… rapide tour d’horizon.

corinne_01.jpgAu centre-droit, Corinne Lepage se veut rassembleuse au-delà du clivage droite-gauche, pour un « mariage entre économie de marché, humanisme et prise en compte du long terme ». Ses dix propositions déclinent des avancées intéressantes, mais qui visent surtout à limiter les dégâts environnementaux de notre économie de marché.

Les Verts et Dominique Voynet déroulent de manière assez classique le programme écolo de gauche modérée. Ils vont plus loin que Lepage dans l’adaptation de notre société aux exigences du développement durable (une agriculture biologique et paysanne, une loi pour stopper l’étalement urbain…), et proposent des avancées sociales et démocratiques significatives… mais ils sont faibles sur l’économie : la seule ambition est de limiter l’impact environnemental et social des activités économiques.

De son côté, Nicolas Hulot n’a pas (pas encore ?) décliné de programme présidentiel, mais a lancé dans le débat présidentiel ses 5 propositions, qui tournent autour de la réduction de l’impact environnemental des activités humaines, et du renouvellement du système démocratique.

Repenser le développement durable en terme d’opportunité de développement

Ces trois positionnements sont malheureusement assez classiques. A mon sens, ils passent à côté d’une réalité essentielle.

En se focalisant sur l’adaptation vertueuse de notre économie de marché (avec des nuances, selon les sensibilités politiques), ils oublient que la France ne représente qu’une part infime des émissions polluantes dans le monde. La France, et même l’Europe, pourront effectuer tous les efforts qu’ils veulent (au nom du « devoir » de sauver la planète), que se passera-t-il si les pays en émergence (Chine, Inde, Brésil…) adoptent le même comportement que nous lors des dernières décennies, c’est-à-dire profiter du développement pour s’enrichir, consommer, se déplacer… et donc polluer ?

eolienne-ducatez-470228w.jpgLa prise en compte du développement durable est une préoccupation de riches. Pour en faire une préoccupation partagée au niveau mondial, il faudrait la connecter davantage au gisement de richesses et d’activités que l’économie de l’environnement représente. Energies nouvelles, emplois liés au retraitement et au recyclage, innovations dans les carburants et les moteurs, nouvelles technologies du bâtiment, aliments de demain, etc.

Il faut aussi faire du développement durable une opportunité de développement, sinon il restera cantonné aux seuls pays qui peuvent aujourd’hui se payer le luxe de contraindre leur société vers plus de modération.

Fred

 
  • JASMIN

    Fred, l’écologie n’est pas une question de riches ou de pas riches. Les choses doivent être prises en mains à une échelle nationale ET internationale. Mais pour des programmes de cette envergure, il est évident que des sommes d’argent colossales doivent être investies .
    J’imagine que les actionnaires n’ont pas encore pu s’y glisser, sinon il y a belle lurette que tout aurait démarré.
    Il n’existe pas de plus gros prédateur que l’Homme sur la planète et l’humanité est sa principale victime. Mais quelle valeur a l’humanité à côté du tout puissant fric ?

  • http://corinnelepage.hautefort.com corinne lepage

    j’ai lu avec beaucoup d’intérêt vos comemntaires; Je voulais simplement attirer votre attention sur le fait que mon programme n’est pas sorti. j’ai rendu publiques mes 10 propositions , minimum vital de tout candidat à la présidentielle, ce qui ne constitue pas mon programme. Je publie chaque semaine une lettre qui fait des propositions sur un théme, mais nous ne sommes qu’à la huitième lettre; j’ai publié une constitution,publie le 30 novembre l’ensemble de mes propositions d’ordre micro-économique; Suivront le programme social sur lequel je ne me suis pas exprimée, justice, santé, etc..
    merci en tousc as pour l’intérêt que vous portez à mes propositions en en parlant

  • Frédéric

    Bonjour,

    Merci de cette précision. Nous sommes bien conscients qu’à 6 mois de la présidentielle, tous les programmes des candidats ne sont pas encore terminés. Mais je voulais souligner qu’en France on ne tient pas suffisamment compte du fait que le discours de la modération face aux coûts environnementaux de nos sociétés ne passe pas et n’a aucune chance de passer dans des pays qui n’ont pas encore bénéficié du développement. Quel poids peut avoir ce genre de discours, quand, à côté, on avance la nécessité d’augmenter le niveau de vie des populations ?

    En ne prenant pas en compte cette dimension, on s’enferme à mon avis dans un type de discours qui n’est recevable que par les pays les plus avancés. C’est ce que je voulais dire dans l’article, Jasmin. Evidemment que l’écologie n’est pas qu’une question d’argent, mais il faut bien se rendre compte que la France seule n’aura que peu de poids dans la prise en compte des enjeux environnementaux de demain

  • Marcel

    Franchement toutes vos analyses font appel à plus d’intelligence que ce que les professionnels de la politique voudraient imposer au débat. Le fait que Corinne Lepage réponde est en tout cas un signe positif et on aimerait à l’inverse que les medias arrêtent de nous saouler de petites phrases, de petites complaisances et de minuscules coups de théâtre.
    Une (forte ?) minorité de déçus de la primaire au PS est franchement hostile à Royal. Pensez-vous qu’il puisse y avoir un report de voix significatif sur Bayrou ?

  • JASMIN

    Fred et Corinne Lepage merci d’avoir répondu. J’apprécie.
    Fred je pense avoir très bien compris votre chronique. Evidemment qu’une politique urgentissime d’écologie doit être exploitée.
    Personnellement, je ne pense pas que ce soit une question de culture, mais plutôt d’ECONOMIE pure ou l’industrie entre autres, a sa place.
    Pour pouvoir mettre en place et exploiter une politique « écologie », il faut transformer la Société à très large envergure (sa façon de vivre, de faire, de penser). Ouvrir ou modifier les consciences des Hommes.
    Ca demande une énergie considérable, tant humaine que financière.
    Que des humains s’y consacrent ne fait aucun doute, ce sont les moyens financiers qui ne suivent pas. Il y a trop à perdre dans l’immédiat pour les grosses fortunes et ce sont elles qui dirigent le monde.

  • JASMIN

    MARCEL.
    C’est peut être impertinent de ma part, mais j’ose imaginer qu’un « tandem Royal/bayrou » pourrait se construire.
    Ce qui complète, à mon sens, le renouveau dont la France aspire.
    Je ne sais toujours pas pour qui voter, j’observe et j’écoute. C’est trop tôt pour me prononcer définitivement.

  • http://metallah.webdynamit.net/blog metallah

    je pense que Voynet dans ses remarques (mais aussi le programme des Verts) te rejoigne un peu dans ton analyse concernant l’opportunité de développement
    il y a bien longtemps que les Verts parlent de codéveloppement, d’effacer les dettes des pays pauvres et de les aider dans leur développement

    rappelons au passage que Voynet avait représenté la France et meme l’Europe lors des négociations qui ont entouré le Protocole de Kyoto, faisant meme face à ce fameux Al Gore (qui nous est récemment revenu en force et en forme). Et que au delà des quotas de nombreux points avaient été abordé pour aider les pays pauvres à ne pas reproduire nos erreurs

  • Frédéric

    Le problème, c’est qu’annoncer que le changement climatique ne pourra se faire qu’à une échelle mondiale c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Regardez la difficulté que nous avons à faire appliquer le protocole de Kyoto !
    Et regardez comment la Chine aborde son développement, en rasant les quartiers anciens pour construire des tours, et en déplaçant des milliers de villageois pour constuire un barrage !
    C’est là qu’est l’enjeu de demain, l’enjeu de savoir comment la Chine, l’Inde ou le Brésil pourront très vite intégrer dans leur processus de développement la variable « environnement – climat ». Et ce n’est pas en leur disant « nous, pays occidentaux, avons produit, consommé et pollué pendant 150 ans, mais attention, vous devez vous restreindre parce que la planète est en danger ». Non, il faut complètement changer de logique, ce n’est pas avec des leçons de morale (surtout venant de nous) que nous modifierons les pratiques à l’échelle mondiale.
    C’est pour ça que je pense qu’il faut mettre en avant, auprès de ces pays (mais pas seulement, auprès de tous nos élus également) l’INTERET ECONOMIQUE (mais aussi social et environnemental) qu’ils tireront d’une prise en compte réelle du phénomène de changement climatique… c’est le seul discours audible pour faire changer les pratiques. Le discours du catastrophisme n’a qu’une portée limitée. c’est pourtant ce discours que l’on retrouve souvent chez les écologistes (Hulot en tête).

  • Emmanuel

    Je vois que vous avez oublié de parler d’Antoine Waechter qui est le seul à proposer une nouvelle société verte et humaniste et propose dans son projet le non-développement durable… avec d’autres priorités de vie pour tout un chacun. Les autres ne vont pas jusqu’au bout de leurs convictions… et croient toujours à un progrès possible que grâce à une croissance économique et l’augmentation du fameux pouvoir d’achat!!!

  • Frédéric

    Qui Waechter croit-il convaincre ? On ne change pas le monde avec des bons sentiments, mais avec pragmatisme.

  • http://president-ecolo.over-blog.com President Ecolo

    Bonjour Frédéric,

    votre article est bien et votre remarque sur la question des PVD est pertinente.
    Toutefois, croyez-vous que si demain les pays développés font le choix de relocaliser leurs économies, voire de réfléchir à deux fois avant de renouveler leurs produits techniques, cela ne va pas diminuer la demande auprès des pays comme la Chine ou l’Inde ?
    Quelque part, si déjà en Europe nous ne sommes pas capables de limiter nos émissions, et de donner des signes clairs économiquement sur notre volonté de le faire, je ne vois pas comment cela pourra se faire au niveau mondial.
    Perso, je pense en plus que les PVD vont rapidement prendre conscience des contraintes environnementales et s’adapter les premiers pour produire avec un meilleur rendement énergétique. Et du coup si nous on ne fait rien, on se fera une fois de plus doubler…
    Donc non, il faut réagir au niveau français, pour ainsi alimenter le moteur européen et réellement s’attaquer au problème du changement climatique. Le reste des pvd suivra.

  • Frédéric

    J’aimerais penser comme vous, mais je ne suis pas certain que l’économie mondiale soit capable de se réguler toute seule, et que la stratégie de développement des PVD finisse par coincider avec les enjeux énergétiques de notre planète. La somme des intérêts particuliers ne correspond jamais à l’intérêt général !
    Je ne connais pas l’équation à ce problème, simplement je ne crois pas aux discours moralisateurs des pays riches (qui, en plus, font ce qu’ils peuvent pour libéraliser le commerce mondial via l’OMC, et ainsi augmenter l’activité économique, les échanges, etc).
    Je pense qu’une pédagogie bien ciblée (cf le film d’Al Gore), ou que des études démontrant le coût économique du réchauffement font plus pour la planète que tous les écolos du monde. Même si l’écologie est un mouvement très louable, je pense qu’elle se trompe dans ses méthodes.

  • http://president-ecolo.over-blog.com President Ecolo

    Et bien moi je ne le pense pas… sinon autant baisser les bras :-(
    Au contraire, les écolos prônent le respect des droits des pays pauvres à l’OMC de produire localement ce qu’ils ont besoin pour vivre sans subir la concurrence des pays développés. Ca vaut pour le coton américain aussi bien que pour les poulets bretons…
    Certains pays africain se mettent au coton bio, pour le coup ils seront tjs compétitifs vu la part importante de main d’oeuvre, mais cela reste marginal pour le moment (20 t sur 500 000 t de conventionnel pour le Mali !!). Cela dit, vu le rôle que ca donne aux femmes, à la préservation des structures villageoise, etc… le mouvement semble prendre de l’ampleur. Et il ne tient qu’à vous et à moi d’acheter de préférence du coton certifié bio commerce équitable.

  • Will

    Frédéric,

    balayons d’abord devant notre porte plutôt que de prendre les PVD pour des ignares de l’environnement. La chine a des objectifs de production d’Energie Renouvelables bien au dessus des notres! (10 % pour 2010). C’est p-e même ces PVD qui nous tirerons vers le haut grâce à leur marché devant lequel nos industriels font des courbettes et vont devoir s’adapter notamment au niveau des normes environnementales (Cf. livre « Quand la Chine change le monde » d’Erik Izraëlewicz alusions marché automobile ) de ces pays bien conscient des enjeux environnemtaux et plus pragmatiques que nous!

  • christian

    sait vrai, que ce présenter en tant que centriste et pouvant rassembler est la solution, pour envisager une ouverture d’esprits sur la République française.

    Salutation

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