Le retour d’une vieille utopie ?
Lors du premier débat pour l’investiture socialiste, DSK a avancé l’idée de reproduire l’expérience des villes nouvelles, et de « créer de nouvelles villes à l’écart de celles qui existent, là où il y a des nœuds de communication ». Derrière cette proposition, la volonté de s’extraire des prix du foncier devenus trop élevés dans les centres villes. Peut être aussi de reconstruire une ville plus juste, sans ghettos, sans embouteillages.

immeuble_ramos.jpgVouloir faire la ville à la campagne est une vieille utopie. Penser qu’on peut construire une ville nouvelle à partir de rien en est une autre. Il y a quarante ans, les grands ensembles d’aujourd’hui étaient l’eldorado des classes moyennes. Dans le même temps, des villes nouvelles étaient construites en périphérie de Paris pour structurer le Bassin Parisien.
Aujourd’hui, on détruit les grands ensembles les uns après les autres, ceux qui restent concentrent souvent misère et violence… résultat de trente ans d’un processus de ségrégation que personne n’a su stopper. Les villes nouvelles sont des villes dortoirs qui portent les séquelles de l’urbanisme à la serpe des années 60. La ville est un objet extrêmement fragile et complexe.

Refaire la ville sur elle-même
aytrep.jpgLa ville d’aujourd’hui est confrontée à deux problèmes majeurs : la grégation et l’étalement urbain. La ségrégation, parce que ce processus conduit à l’apparition de véritables ghettos de pauvreté et d’exclusion. Des années de politique de la ville n’ont pas réussi à régler le problème. L’étalement urbain, parce que le développement des zones pavillonnaires « consomme » de manière irréversible l’espace naturel (1 logement en pavillon utilise 8 fois plus d’espace qu’un logement en immeuble), et que les transports collectifs ne peuvent les desservir efficacement. Le pavillonnaire, c’est le règne de l’automobile, et à terme l’asphyxie des centres villes.

Au lieu de construire des villes nouvelles et ne rien résoudre, attachons-nous plutôt à réintégrer les quartiers exclus dans la ville, et densifions l’espace urbain. La densité de la ville est la seule manière de rendre le transport collectif efficace, et de réellement lutter contre la pollution automobile. C’est aussi le plus sûr moyen de préserver nos campagnes de la banalisation par le pavillon.

Fred

 
  • François

    Tout à fait d’accord pour densifier les espaces urbains… mais aussi ceux périurbains. Et il faut travailler à les structurer, leur construire des points de repères, en faire des villes en un sens.

    Quant aux villes nouvelles proposées par DSK, j’ai bien peur que cela ne résolve en rien le problème du foncier: qui interdira aux propriétaires fonciers de caler leur prix sur le prix au m2 de vente des promoteurs ?

    une des pistes de solution est d’encadrer les plus-values liées à ces ventes de terrains; c’est autoritaire mais il me semble qu’elles doivent être plafonnées. Et la Taxe foncière sur les propriétés non bâties doit pouvoir être majorée en cas de rétention manifeste.
    François

  • http://www.biodiversite2007.org Nelly Boutinot

    Dans les thématiques de campagne, nous souhaiterions la préservation de la
    biodiversité dont l’humanité fait partie et dépend.

    Puis-je vous inviter à y prendre connaissance de l’enjeu?
    Et merci de contribuer à faire connaître le site voulu par Hubert Reeves et
    la Ligue ROC pour la campagne électorale.
    Cordialement
    Nelly
    http://www.biodiversite2007.org

  • Michka

    Je nourris moi même cette utopie depuis plusieurs années. Aussi, je suis ravi de voir un présidentiable développer également cette idée. Plus qu’une utopie c’est un grand projet qui doit être porté par une immense ambition, à condition de bien s’entendre sur le contenu. Ce à quoi pense DSK, la manière dont vous l’interpréter, et ce que j’ai en tête, c’est peut-être trois projets totalement différents. Au temps de Pierre le grand, saint petersburg était aussi une ville nouvelle !
    Effectivement, s’il s’agit de refaire des ville nouvelle à la mode des années 70, en périphérie de Paris, c’est une connerie ! On est d’accord.
    Il faut voir chercher à bâtir de nouvelles cités à l’échelle européenne (c’est à dire d’une taille de 100 000 à 300 000 habitants) dotées de toutes les fonctions urbaines supérieures, à proximité des grands axes de circulation. N’oubliez pas que la France est un grand pays, relativement peu dense et malgré tout bien doté en infrastuctures, mais très peu pourvu en vraies métropoles. Aujourd’hui la France est clivée entre une mégalopole qui craque sous le poids de ses banlieues et l’engorgement des transports avec une qualité de vie pitoyable, et un vaste monde rural ou de villes moyennes, sans espoir et sans avenir car ne disposant pas du potentiel pour se développer dans la féroce compétition qui s’annonce entre les territoires avec le développement de l’économie de services. Entre les deux, seulement une petite dixaine de métropôle qui peuvent jouer un rôle d’entraînement sur les territoires et créer de la croissance et des emplois de demain.
    Les nouvelles villes doivent avoir l’ambition de traduire enfin les principes du développement durable dans l’urbanisme (habitat dense et verdoyant), le logement (HQE) et les transports (collectifs), être construite pour une économie de la connaissance par la création ex-nihilo de nouveaux pôles de compétitivité performant (enseignement, recherche, innovation, filières industrielles) !
    C’est seulement à cette condition que le projet sera porteur de croissance, de modernité et prouvera que nos sociétés sont encore capable de faire oeuvre de civilisation ! Rien que pour ce dernier motif, dans notre société minée par une dépression nerveuse et une angoisse face à l’avenir, le projet mérite d’être développé.
    Le pire, cest que de tels projets peuvent être rentables dans la mesure où les équipements collectifs pourront être en grande partie financés par la plus value sur le foncier. Le terrain nu initial verra sa valeur exploser une fois située au sein d’une métropôle moderne …
    En tout état de cause, la proposition mérite mieux que le dédain. Il ne faut pas la voir avec des yeux de parisiens …

  • François

    Présenté sous cet angle, alors pourquoi pas effectivement.
    Le pari vaut peut-être d’être tenté…
    Permettez-moi quand même de rester sceptique mais bon, je serai le premier à applaudir le projet s’il réussit !

    François

  • Frédéric

    Merci pour « les yeux de Parisiens », mais je me permets d’insister sur le fait que construire un territoire, construire une ville, ce n’est pas un jeu de LEGO. C’est très bien de décréter que l’on va « faire une ville de 300 000 habitants » et y implanter les fonctions supérieures pour créer les emplois de demain… mais ensuite ?
    Construire une ville ex nihilo et décréer qu’elle va structurer un territoire, et créer de la richesse, CA NE MARCHE PAS ! C’est comme décréter qu’on va créer demain en France 500 000 emplois à forte valeur ajoutée… très bien, mais on fait comment ?
    Je ne pense pas qu’il s’agisse de dédain de ma part, simplement je ne vois pas très bien l’intérêt de faire rêver les gens autour d’utopies irréalistes.

  • François

    Voir l’article du monde en date du 24/10 avec les avis d’un panel d’urbanistes sur la proposition de DSK
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-826567,0.html

  • Pierre

    Je parlais récemment avec des Brésiliens.
    Brasilia est une des plus récentes capitales du monde (1960). Le but du projet était d’attirer vers l’intérieur des terres la population et l’activité économique, alors essentiellement concentrée dans les grandes villes côtières, afin de mieux répartir les richesses.

    Brasilia centralise l’administration : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, ainsi que l’armée. Les entreprises privées ne représentent qu’une petite partie de l’activité locale, d’autant plus que les industries lourdes et polluantes y sont interdites par loi.

    Là se pose le vrai débat : sommes nous capable en France de délocaliser notre capitale en Creuse ou en Lozère ? :
    - pour une capitale modèle et motrice pour le Pays ?,
    - avec des critères en termes de développement durable irréprochable (transport, économies d’énergie, autonomie énergétique…) ???

    Pierre

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